Archives de décembre 2009

26
Déc
09

Nolife, insert coin(s)

Début 2007, peut-être avez-vous découvert comme moi, un immense sourire au lèvre, le projet Nolife et son teasing de la mort. Peut-être avez-vous eu une érection en apprenant que c’était la société Pocket Shami qui portait cette initiative. Peut-être avez-vous fréquenté le forum Fulllife en guettant les informations qui parvenaient au compte-goutte. Peut-être faites vous partie de ces âmes damnées qui ont suivi, de loin, comme des pestiférés, le lancement légendaire de la chaîne et sa progression, car n’ayant pas le bonheur de remplir les conditions requises pour la recevoir (pas dégroupé, par exemple… -_-).

Vous savez donc probablement que, depuis quelques temps, ils ont eu la bonne idée de proposer un abonnement en ligne, qui permet à tout un chacun d’accéder aux contenus créés par la chaîne, directement sur leur site, en streaming HQ. L’abonnement est tout bonnement monstrueux, car il ouvre l’accès à plus de 500 vidéos en abonnement standard, et 2200 vidéos si vous prenez l’option archives. Le tout sur un site bien foutu, avec un player agréable (c’est pas du dailymotion…) et une bande passante excellente.

La qualité du contenu est indiscutable. Si, comme moi, vous êtes allergique à Davy et ses potes, que vous n’aimez pas NerdZ, soyez sans craintes, il y a des tonnes et des tonnes de trucs de fous dans cette caverne d’ali baba que sont les archives de la chaîne. Des conférences, des reportages tous plus passionnants et originaux les uns que les autres, des émissions de fous (Hall of Shame !!!), du retrogaming à foison, des trucs 18+ (hin hin hin), pleins de superplays à vous péter les rétines (le stupidplay d’Erhune est mythique !), la série NOOB, et bien sûr, toutes les émissions habituelles, les news, les tests, …

Voilà, tout ça accessible instantanément pour quelques euros, payables aussi bien par paypal que par SMS. C’est deux fois moins cher qu’une place de cinéma, et vous en avez pour un mois de glande devant votre PC.
Si je fais leur publicité, c’est parce que j’adore leur trip, la passion et l’énergie qu’ils mettent dedans pour nous offrir tant d’heures de programmes bien mieux foutus que ce qu’on balance sur les grandes chaînes. Ils ont une vraie identité, une démarche authentique, ils se démarquent radicalement du reste et nous prennent pas pour des moutons infantiles. Si on veut que ça continue, il faut souscrire. Si on laisse mourir la chaîne, ce sera une vraie perte, et ça en dira long sur l’état d’esprit de la communauté geek francophone.


Autant je suis pour le téléchargement libre. Autant quand je vois que des gens se donnent du mal pour créer quelque chose qui m’enthousiasme, à un prix plus que raisonnable, bah je met la main à la poche. C’est la conception de la culture que je défends : celle où créateur et spectateur entretiennent des liens étroits, se parlent honnêtement, se nourrissent et s’influencent l’un-l’autre dans une relation symbiotique fertile. Les gars de Nolife ont réussi à aménager un petit espace de liberté et de convivialité, loin des logiques industrielles et du matraquage marketing. A nous de participer, dès maintenant, à sa pérennité et son développement.

42, les amis. 42.

Et puis merde, ils ont sortis la musique de Gunbuster là. L’heure est grave !

18
Déc
09

Merci, Jim

Je suis allé voir Avatar. Durant 3h, j’ai été mystérieusement transporté sur une planète lointaine, pour suivre les aventures d’un paraplégique qui copine avec une tribu locale. Et j’aurai voulu que ça ne s’arrête jamais. James Cameron n’a pas fait une révolution. Il vient de célébrer dignement la gloire et la magnificence de ce qui reste d’humanité. Il vient de signer le plus féroce et magnifique acte de guerre contre la modernité de ce début de millénaire. Une apothéose humaniste dont la puissance n’a d’égal que le pessimisme qui la sous-tend : l’humanité est en train de mourir.

Quand les tristes sires sont à cour de munition pour dégommer de belles choses, ils s’inventent des arguments de toute pièce. Ainsi, sur la toile, entend-t-on depuis mercredi un refrain aussi lancinant qu’hypocrite : Avatar est prévisible, peu original. Peu importe qui a lancé la chaîne, si l’affirmation est ou non pertinente, tout ce que le web geek comporte de vieux cons aigris plus ou moins précoces, la relaye.

SPOILERS OMNIPRÉSENTS

Une intrigue éternelle

Devant tant de bêtise, difficile de discuter. Car en quoi un scénario absolument parfait, sans défauts, limpide, au déroulement aussi naturel qu’ingénieux, aurait-il à souffrir de la critique qu’on voit dedans comme dans un livre ouvert ? N’est-ce pas là l’un des signes qu’on est en présence d’une écriture brillante ? Quand aux capacités de prédictions de certains … J’aurai aimé les entendre me dire les beautés de Pandora, et la laborieuse conversion de Jake, j’aurais aimé les écouter décrire les atrocités commises par les hommes, et l’obstination téméraire de notre héros. Et puis, j’aurais aimé les voir prédire la fin, moi, à cette bande de goinfres cinéphiles, qui engouffrent sans déguster, et rotent comme des porcs après le festin de monarque concocté par James Cameron. Ce type de vautour-là, au lieu de prendre leur part comme tout le monde, se doivent de répandre à tout instant leur cynisme névrotique.

S’ils désiraient à ce point être surpris par James Cameron, que n’ont-ils pas, comme moi, refusés de voir la seconde partie de la Bande Annonce, et évités les spoilers qui trainaient çà et là ?

Non, l’argument ne tient pas. C’est un scénario à l’ancienne, à la précision minutieuse, et dénué du très à la mode « twist » 20 minutes avant la fin. Avatar est un monolithe dont aucun relief n’est superflus, et où rien ne manque. Comme un conte transmis de génération en génération, affiné par les siècles de transmission successive, et qu’on entendrait de la bouche d’un orateur sans égal. Ce qui donne cet aspect intemporel au film, et sa plus grande force, est précisément sa fidélité aux grands principes de toute mythologie, aux étapes initiatiques et chevaleresques emblématiques que traversent les héros, et qu’ont déjà suivi des films comme Star Wars, Matrix, ou le Seigneur des Anneaux. Pas étonnant qu’Avatar nous évoque aussi bien Miyazaki, que Terrence Malick, ou encore Neill Blomkamp : chacun de ces réalisateurs s’attaque au sujet de la déliquescence de l’humanité, à travers des récits éminemment mythologique. Je voudrais faire comprendre à tous ces blasés que l’histoire elle-même n’est jamais fondamentalement nouvelle, qu’elle ne peut être qu’une réappropriation, une reformulation des vieilles légendes. James Cameron, pourtant au sommet de l’avant-garde cinématographique, nous le rappel ici avec génie. Vouloir s’affranchir de ces mythes pour créer véritablement une nouvelle histoire, revient à sortir soi-même de l’humanité, à ne plus rien partager avec elle.

Encore plus absurde est la critique qui affirme que ce film manque de fond, comme les gueux décervelés qui trainent en nombre sur le forum de Mad osent l’affirmer (on y apprend que ceux qui ont aimé sont « des neuneus », que l’écologie est « le degré zéro de la réflexion humaine », et autres joyeusetés de caniveaux). Alors que j’ai rarement vu une œuvre au contenu aussi abyssal, aussi vertigineux. On s’y perd, tellement les thématiques sont riches et savamment exploitées. On en sort avec le vertige, tant l’évocation mythologique vient chercher loin dans nos consciences pour faire naître le sens et nous remettre en question.

Parler de planète, de nature, de spiritualité, bref, d’écologie, alors que tout le monde le fait, ça fait pas rebelle, ce n’est pas assez bien pour ces petits rois du désert. Est-il nécessaire de préciser que l’ampleur de la crise qui nous touche actuellement, et qui bouleverse chaque jour un peu plus le visage de la Terre et menace jusqu’à notre survie, justifie amplement qu’on en parle abondamment, voir qu’on ne parle que de ça ?

Décidément, une frange grandissante de la communauté geek tend à succomber à la régression mentale générale. Idiocracy paraît chaque jour plus crédible.

Une humanité nihiliste robotisée

Nous commençons le film en admirant un vaisseau spatial, l’ingéniosité scientifique de cette humanité future. Entourés d’écrans holographiques, maîtrisant les techniques de cryogénisation et de voyage spatial longue distance, les humains nous paraissent d’abord évolués et sympathiques. Ils nous sont proches. Nous découvrons Jake Sully, marine paraplégique, qui fait le voyage jusqu’à Pandora pour tout risquer, pour se prouver qu’il n’est pas fini, qu’il peut encore accomplir de grandes choses. Le commandement humain auquel il est confronté présente d’emblée la donne : Jake est ici pour son génome (identique à celui de son frère jumeau décédé) dans lequel la compagnie a déjà beaucoup investit. Le corps de Na’vi artificiel conçu pour son frère, ne convient en effet qu’à son empreinte génétique. Personne d’autre ne peut donc l’utiliser. Le général quand à lui, considère comme une chance d’avoir à sa solde un marine doté d’un corps d’avatar, susceptible d’infiltrer les lignes « ennemies » et de lui apporter des informations cruciales pour les défaire.

Le héros est donc considéré comme un objet utile pour ses semblables, dont ils peuvent user à leur convenance. Pire, on constate que la planète elle-même n’est colonisé que pour sa richesse minérale, et que les colons sont prêts détruire l’écosystème et à déplacer sauvagement la population autochtone, pour servir la satisfaction exclusive de leur seul besoin maladif de ressources.

Nous découvrons avec horreur cette absence de morale, de conscience, d’humanité, et nous nous rendons comtpe avec un certain malaise, que ce vide spirituel est le nôtre, que nous ne nous conduisons pas autrement. James Cameron nous glisse dans le personnage de Jake Sully, un infirme. Il a fait ce choix judicieux pour signifier notre incapacité à vivre librement, pour nous situer aussi au milieux de nos semblables. Nous ne sommes tous, au fond, que des personnes handicapées et assistées, sans autonomie, sans perspectives d’avenir, qui nous jetons désespérément dans les salles obscurs, comme Jake sur Pandora, dans l’espoir de remplir un peu cette coupe vide intérieure, à la source originelle et spirituelle que nous avons exclu du monde moderne. Nous sommes comme ce nabot sans principe, qui se vend au plus offrant, accepte tous les compromis, du moment que cela lui permet de s’éloigner le plus possible du désert du matérialisme marchand, de trouver un peu de sens pour combler la soif de son cœur asséché.

Dans ce film, l’homme est une créature à l’agonie, rongée de l’intérieure, dévorée par sa propre démesure, consummé d’hybris. Les humains les plus atteints, c’est-à-dire les militaires et le directeur de la station, parlent comme des machines, fixant des objectifs les uns après les autres, prêts à tout pour suivre les ordres, n’ayant aucune considérations pour le mal qu’ils provoquent. Ces personnages rigides et dénués de la moindre sensibilité, font figures de barbares, de gros beaufs impuissants, sans dignité.

« Ils ont tué leur mère », tente d’expliquer Jake au peuple Na’vi. Nous avons coupé le lien, nous avons rompu la filiation, nous avons trahi nos propres intérêts, dans notre tentative folle d’orgueil de nous faire nos propres dieux. Et, non contents d’avoir anéantit nos racines, nous venons encore faire de même sur d’autres planètes, n’hésitant pas à écraser et brûler tout ce qui se trouve sur notre route.

Changer notre regard

Le réveil que nous propose James Cameron à beau passer par la technologie électronique, il n’en a pas moins comme effet de nous en sevrer. Jake Sully, une fois propulsé par la machine dans son nouveau corps, n’a qu’une hâte : se lever et marcher. A nouveau capable de se déplacer, il se débarrasse aussitôt des électrodes, écarte les scientifiques de son passage et défonce la porte qui le sépare du dehors. Alors, on le voit courir, s’élancer, savourer la caresse de l’air sur sa peau et plonger ses pieds dans la terre du potager. De même, le spectateur, au début embarrassé par les lunettes à cristaux liquides auxquelles il n’est pas habitué, oublie tout à fait, durant cette scène, qu’il est en train de vivre une expérience inédite en terme de maîtrise technologique. Pour lui, la seule chose qui importe est de partager la joie de Jake, de redécouvrir avec lui le plaisir simple d’avoir des jambes et de galoper à l’air libre. Cette scène est la vraie profession de foi du film : celle de renouveler notre regard, de nous rééduquer, de nous réapprendre à aimer vivre. Rien que ça.

Qu’importe la prouesse technique, semble nous dire James Cameron, si elle n’est pas avant tout au service de l’homme, de l’élévation de son âme.

La suite du film propose une plongée, de plus en plus intime, dans une nature foisonnante fantasmée, déifiée, métaphysique. Mais si la qualité et la profondeur de l’univers de Pandora n’a pas échappé aux critiques, personne ne semble souligner que les héros de ce film sont des « hommes des cavernes », ce que nous appelons, avec la sinistre morgue qui caractérise notre siècle, des primitifs, des indigènes. James Cameron réussis le défi impressionnant de nous les faire paraître infiniment plus évolués, de nous donner envie d’en être un soi-même. Nous, génération multimédia, droguée dès le berceau aux émanations publicitaires et aux technologies du divertissement, il nous fait miroiter un monde sans électricité, sans écrans, sans consommation. Il nous fait pénétrer les mystères d’un peuple qui vénère un grand arbre et dort dans des hamacs, qui vit de chasse et de cueillette, se balade en haut des branches, porte des colliers d’os, se couvre de peintures de guerre et fait subir des rites initiatiques à ses adolescents, qui ridiculisent les bizutages aujourd’hui interdits. Il nous fait voir par leurs yeux la vie idyllique sur Pandora (qu’on nous présentait jusque là comme un enfer), et les tares de notre propre race. Cette empathie qu’il parvient à susciter, atteint son climax lors de l’abattage de l’arbre-maison qui abrite les Na’vi. On pleure littéralement toutes les larmes de son corps à la vision de ce tronc gigantesque qui s’effondre, dans une évocation majestueuse du crime que nous avons déjà commis sur Terre, contre la nature et notre sang.

En un mot, James Cameron nous montre ce que nous appelons complaisamment des sauvages, cette part d’humanité que nous avons chassé et refoulé, et nous persuade qu’ils disposent d’un savoir que nous ignorons, d’une technique que nous avons oublié, d’un trésor inestimable, essentiel à notre bien-être, que nous avons perdu. A travers un cheminement émotionnel de très haute volée, il réussit le pari de nous montrer que ce sont bel et bien ces misérables automates humanoïdes au comportement absurde, qui ont perdu leurs repères et leur bon sens. C’est nous, qui sommes ignorants de tout.

La nature, seule technologie vraiment humaine

Contrairement à ce qui était suggéré au début du film, la seule apparence physique ne suffit pas à faire de soi un Na’vi. La rencontre de Jake avec ce peuple autochtone révèle, dès les premiers instants ce qui les sépare, et les différencie radicalement des hommes : ils sont à l’écoute de ce qui les entourent, ils font encore parti intégrante du monde dont ils sont issus. A l’image de Neytiri, qui renonce à tuer Jake, alors qu’une graine de l’arbre de vie se dépose sur la flèche qu’elle s’apprêtait à décocher.

En maître cinéaste, James Cameron a bien sûr trouvé moyen de montrer cette chose qui nous est étrangère, de la rendre tangible, démonstrative, spectaculaire, afin qu’elle s’imprime aussi bien sur nos rétines que dans nos têtes. Aussi a-t-il doté ses Na’vi, mais aussi bien les animaux et les arbres, de tentacule à l’extrémité sensible, qui se connectent les unes aux autres, et permettent la communication -le Tsaheylu- entre tous les êtres. Ainsi, l’intégralité de la sphère du vivant est en communion, ou du moins en harmonie, chacun trouvant sa place au sein de la forêt, s’il sait la respecter.

Conscient qu’il ne sait rien, qu’il n’est qu’une coupe vide, qu’un enfant insouciant et ignorant, Jake supplie la jolie Na’vi de lui venir en aide, de lui apprendre. Et les grands bleus finiront par consentir à le « guérir de sa folie » d’homme, à lui enseigner absolument tout, de la manière de marcher à la communion avec Eywa, la déesse qui est dans toute vie. Jakesully s’intègre donc, peu à peu, au monde de la forêt, et tisse avec lui une infinité de liens. Contrairement, aux technologies modernes, qui finissent par isoler les individus et leur nuir (exemple : cancers générés par les ondes et les produits chimiques, alzheimer, maladies du coeur, asthme, détérioration de la vue avec les écrans etc…), la nature de Pandora offre un réseau organique qui n’exclu personne, qui guérit et féconde la vie. Le plus remarquable étant le travail de James Cameron pour souligner la synergie sans faille entre les Na’vi et le reste de la biosphère, à contrario de l’enfer technologique moderne dans lequel nous sommes enfermés physiquement et mentalement, et où l’homme ne semble pouvoir exister que par la destruction des autres formes du vivant.

De la virtualité au réel

James Cameron nous amène à comprendre, comme Matrix avant lui, mais de manière plus fine encore, que ce que nous prenons pour la réalité, ce monde grisâtre et sans saveur dont nous nous sommes entourés, n’est qu’un simulacre. L’illusion que nous ne sommes ici que des consommateurs perdus dans un supermarché de la taille d’un Univers, se déchire peu à peu, pour Jake comme pour le spectateur, au fur et à mesure qu’il explore le monde de Pandora. Jake est un nolife, un marginal, un laissé pour compte du système, auquel on offre la chance de s’extraire de sa condition, et de connaître d’autres cieux que ceux, viciés et assombris, de la Terre.

Lui qui n’avait connu que les succédanés de plaisirs que l’on distribue pour de l’argent, va apprendre à s’incarner réellement, à sentir son environnement, à interagir avec lui. La découverte des richesses impressionnantes que recelle en abondance la biosphère de Pandora, a pour but de faire appel à notre propre capacité d’émerveillement, à notre enthousiasme de gosse devant le spectacle du vivant, à notre désir de défendre une cause vraiment juste, de cultiver et protéger ce qui en vaut vraiment la peine.

Tout dans cette longue immersion dans la culture Na’vi, de la découverte du lien charnelle qui les unis aux créatures dont ils font leur compagnon, à celle de l’arbre-vie Yggdrasil, cœur spirituel de Pandora, contribue à raviver en nous l’éclat de la flamme intérieure, étouffée par le bruit de la frénésie consommatoire dans laquelle nous tentons d’exister. Jakesully se découvre des amitiés, comprend peu à peu ce qu’il cherchait jusque là, ce qui a de la valeur et qu’il faut défendre : le cœur spirituel contenant l’essence vivante de la forêt et l’esprit des ancêtres. Le symbole même du tout cosmique auquel nous appartenons.

D’un coups, Jakesully prend conscience qu’il existe vraiment un sens qui dépasse sa petite personne et le lie à tout ce qui est. Il découvre une réalité plus attrayante, parce que plus authentique, moins formatée, moins artificielle. C’est le sens magnifique de l’existence proposée par les Na’vi qui l’attire. Stimulé comme jamais il ne l’a été dans son morne passé terrien, il fonce tête baissée dans chaque défi qu’il rencontre, s’investit bien plus que de raison dans sa mission, qui n’est pour lui qu’un prétexte pour aller au contact d’une société que la follie moderne n’a pas souillée. Le parallèle avec les MMO est évident et pertinent. Car la noyade que beaucoup d’entre nous ont connu et connaissent encore, dans des univers, a priori virtuels, s’explique exactement par ce besoin viscéral d’échapper à l’aliénation permanente infligée par la société de consommation. Avatar interroge ce besoin, et le justifie, l’anoblie, lui donne mille fois raison. Aux côtés de Jake, Icare du futur, nous affrontons la vérité que nous traitions jusque là avec indifférence : nous sommes des esclaves, des êtres à demi-morts, privés non seulement de jambes, mais de ciel vers lequel tourner notre regard et où étendre nos ailes, d’un haut lieu qui nous nourrisse intérieurement.

Ce n’est pas le nolife qui est fou de vouloir se réfugier loin du monde. C’est ce monde qui a perdu de vue l’essentiel, et qui procède par robotisation de l’homme, dévastation des espèces animales et végétales, annihilation des espoirs humains. Il faut être inconscient et cynique pour croire qu’une telle civilisation de terreur et de barbarie puisse donner naissance à un bonheur quelconque. Celui qui vit dans l’illusion est donc moins Jakesully, qui sait ce qui se joue vraiment sur Pandora, que les autres humains, enfermés dans leurs cages de métal, à l’horizon rétrécit.

Renaître

L’aboutissement narratif de l’histoire, sa conclusion géniale et naturelle, est l’incarnation définitive de Jakesully dans le corps d’un Na’vi, sa transformation achevée, sa conversion totale à la spiritualité Na’vi, son intégration au cosmos de Pandora. Cela signifie, non pas qu’il cesse d’être un homme, mais qu’il le devient au contraire pleinement, qu’il entre à nouveau dans le cycle du vivant. Puisque les Na’vi représentent eux-même la véritable humanité, celle que nous avons laissé mourir en nous, cette race supérieure, vraiment évoluée, qui respecte toutes choses vivante. La forme de Na’vi répond davantage aux exigences de sa nature humaine que son corps atrophié, qui ne lui permet ni de savourer l’air de Pandora, ni de partager l’existence des Na’vi. Jakesully a eu besoin de quitter le monde moderne, de fuir l’engourdissement cryogénique dans le rêve d’une autre vie, pour obéir à sa nature profonde d’animal spirituel et conscient, pour répondre au mieux à son désir de vrai, de beau, de réel.

Dans cette dernière image des paupières qui s’ouvrent, résonne l’injonction ultime du réalisateur : à vous ! Laissant le spectateur partagé entre un émerveillement total, et le désir violent de réformer sa vie.

Beaucoup ont vu dans la colonisation barbare de Pandora par les hommes une référence à l’extermination des natifs américains ou à l’occupation de l’Irak, mais elle se veut plus universelle, plus évocatrice. Le cinéma manipule des mythes, qui eux-même sont ancrés dans la réalité. Que James Cameron ait souhaité aborder le problème de l’invasion économique, ne signifie pas qu’il désire expressément dénoncer un tel fait ponctuel dans l’histoire humaine. Il veut avant tout s’adresser à notre conscience, à notre imaginaire et nous interroger sur notre manière personnelle d’être au monde. Il est plus confortable de dire que le message de ce film s’adresse à des gouvernements, plutôt qu’à nos propres petites personnes.

De même, ceux qui ne voient que la prouesse technique et osent affirmer qu’elle résume à elle seule le message du film, comme ce gus adepte du trans-humain, n’ont pas compris du tout la démarche de James Cameron. Qu’il choisisse de montrer une vision du réel capturé sur pellicule argentique, ou une créée sur ordinateur, le réalisateur ne fait que faire de la fiction, concevoir une représentation subjective. Aussi, quelle différence cela fait-il que nous ayons à l’écran un personnage de synthèse ? Aucune. Dans tous les cas, ils restent des personnages. Ils ne sont pas réels.

Les âmes encore éveillées, les esprits encore capable de respirer à l’air libre, comprendront qu’il s’agit là du premier véritable chef d’œuvre du XXIème siècle, qui porte en lui tous les enjeux nouveaux dans lesquels nous baignons et que nous n’avons, pour certains d’entre eux, même pas encore réussis à formuler. On se sent littéralement submergé par ce monument, tant il est dense, riche, et tant il fait appel à des aspects de notre psyché que nous avons refoulé, tant il évoque des aspirations enfouies, et suscite en nous de profonds bouleversements.

Plus qu’un simple film, Avatar relève de l’expérience mystique. On touche là à la quintessence de l’art, au summum du langage symbolique. Cette œuvre nous fait entrer dans un domaine si vaste que les mots ne suffisent plus à éclairer la route, et à expliquer l’envie furieuse qui naît en nous, de ne plus être ici, dans ce monde de merde.

Il faut allez voir Avatar. Puis, il faut faire la révolution.

17
Déc
09

Watch it !

Je n’ai rien de plus important à dire.
Ce devrait être valable pour un bon bout de temps.

16
Déc
09

Vous… ne passerez… PAS !

L’atmosphère est glacée. L’aube est rouge. Plus d’un sera stoppé par le piège de glace, et sur les quais noircis de monde, le sang coulera en flots abondants.

Avatar sort aujourd’hui dans les salles du monde entier. Cet évènement sans précédent aura essuyé sa dose de cynisme médiatique habituel, alors que son aura mystérieuse réveille les morts et inspire le meilleur aux geeks.

Notre pays ne compte qu’une seule salle capable de diffuser Avatar dans les conditions voulues par son auteur. Un unique écran, quelques centaines de sièges seulement, pour soutenir la révolution cinématographique tant attendue.

Mais comme si la rareté des places n’était pas une épreuve suffisante, une nouvelle embuche attend les pèlerins transits de froid. La marée de fans hystériques s’apprête à connaître l’enfer du syndicalisme français. Nombreux sont ceux qui n’atteindront jamais la terre promise, et sombreront dans l’oubli et la déconfiture. Paix à leurs âmes.

Vous avez vos ordres, et votre objectif. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Bonne chance.

12
Déc
09

electronic music : is mankind still alive ?

Chaque génération développe, parait-il, une culture propre, une forme nouvelle de transgression, d’émancipation artistique et poétique vis à vis de l’ordre en place. L’exemple du rock et du cortège de mouvements alternatifs qu’il a engendré (hippies et punk, pour les plus connus) vérifie cette théorie.

Pourtant, le mouvement punk portait en lui l’annonce de la fin de l’art, proclamait la disparition de toute poésie, de toute subversion. Les genres musicaux qui l’ont suivis confirmaient cette annihilation culturelle, l’impossibilité d’atteindre à nouveau le sens. A l’image du groupe Nirvana, flamme incandescente du nihilisme vécue, terminant sa course dans le suicide, après avoir gueulé la vacuité de vivre pendant une décennie. La puissante vague rock s’écrase et s’effondre sur ces dunes arrides infranchissables pour l’âme en quête de sens : le désert de la paix économique, le territoire moderne, le supermarché à ciel ouvert, où la transgression n’est tolérée que si elle n’est qu’une façade autorisée du conformisme.

La dépouille du rock remue encore, mais le cœur n’y est plus. Le métal gueule à l’infini la douleur de ne plus rien avoir à dire, de ne plus rien pouvoir exprimer que l’imbécilité de l’existence en ce siècle robotisé. Et la variété, le pop, le rap, le r’n’b et tous ces avatars de la musique beauf et creuse, produisent à l’infini la vision fantasmée d’un monde où l’argent satisfait tous les désirs, et où chacun vit isolément son bonheur individuel, coincé dans sa bulle personnalisée, prisonnier de l’étroitesse de son imagination atrophiée. Quelle culture, quelle musique, pour une génération qui n’a comme ultime projet que l’acquisition du dernier gadget à la mode, comme haut lieu que la réalisation d’un monde de bisounours décervelés, et comme aspiration profonde que la possession du plus grand nombre de choses ? Quelle son reflète la déstructuration des aspirations morales, la déliquescence de tout esprit d’aventure et de désintéressement, la mise à mort, dans un climax audiovisuel, de l’homme en tant que créature spirituelle, poétique et philosophique ?

Les enfants tarés nés durant les 30 dernières années, abreuvés de virtualité, ont avalé à l’excès le dégueuli télévisé, ont digéré une quantité infini de codes issus de la culture marchande et d’univers inventés. Habitués à voyager d’un monde à l’autre, d’une image à la suivante, d’un son rock à une musique de jeux vidéo, leur cerveau malade a commencé à mélanger cette déferlante de produits culturels. Ils se sont emparés de quelques machines plus ou moins expérimentales, où ont eu l’idée de mixer ensemble deux morceaux pour en faire un troisième, et on mis en branle un mouvement sans contours précis, sans limites, sans buts définis, mais qui constitue pourtant l’ultime vestige musical de l’humanité contemporaine.

J’ai personnellement fait la rencontre de cette vague en 1996. J’étais là, à zapper, quand je suis tombé sur le clip « Extra » de Ken Ishii.

Ce sont les images qui m’ont attirés, qui m’ont fasciné, bien plus que le son. Mais mon appétence enfantine pour la violence, et ma fascination pour l’univers de Morimoto, ont aussitôt été associé à cet étrange musique. Il me semblait découvrir un univers parallèle, urbain et nocturne, à la frontière du mien, où les enfants avaient autant de pouvoir que les adultes, où tous mes rêves et mes craintes se réalisaient. Une société dangereuse et excitante, fantasmagorique, qui détournaient les technologies et les produits de consommations de leur finalité, pour en faire un usage plus intéressant, plus subversif.

L’année suivante, radios et télé ont commencé à passer ça en boucle. Là, j’ai été scotché, et mon oreille définitivement marquée. Non seulement je n’avais jamais entendu un truc aussi dément, aussi déviant, à la fois curieusement sournoi et mélancolique, mais je découvrais que j’adorais ça. Quelque chose en moi se réveillait, résonnait au son de ce synthé torturé, une espèce de déclaration intérieure, d’aveu intime : oui je suis un fou, un cerveau cramé par toute la came audiovisuelle que je m’injecte quotidiennement depuis toujours, et non je n’ai pas de repères dans le brouillard cybernétique dans lequel j’évoluais. Je suis pommé, dépendant, et sans perspectives. A 11 ans, j’en prenais conscience avec peur et délectation : ma vie ne sera qu’une longue errance dans une fiction technologique en perpétuelle création, et dans laquelle il me faudra me battre, me démener de toutes mes forces, pour trouver un peu de sens, de quoi nourrir mon âme.

Plus tard, à 17 ans, happé par cette puissance lame de fond, j’ai commencé à fréquenter des rave. Je découvrais, avec cette même fascination, l’univers hors-la-loi, et en même temps si décadent, de ces longues nuits qui ressemblent moins à des fêtes, qu’à des rassemblements orgiaques de zombis hypnotisés, drogués et lubriques. Croyez-moi, c’est bien plus effrayant que ça en a l’air. C’est un énorme mindfuck collectif, un anéantissement intellectuel de masse.

Dans nos before, on se passait des dessins animés de Walt Disney sur fond de musique techno ou Jungle. On ingurgitait en même temps les cocktails alcoolisés les plus ravageurs et sucrés, tout en fumant dizaines de bédos. En quelques minutes, on devenait hallucinés, on se téléportait dans un monde où tout ce qui est ordinaire prend un sens nouveau, détraqué, dérangeant. On mettait nos cerveaux en orbites à grande renfort de THC et de visions absurdes.

La rave est un effort pour concentrer et faire exploser, le temps d’une nuit, toute l’immondice médiatisé dont la société de consommation nous inonde en permanence. Mais ce qui fait l’étrangeté de cette débauche consommatoire, de cette démesure, c’est que le mélange de tous ces sons mécaniques et bizarroïdes, et d’imagerie publicitaire détournée, forme une purée malsaine et addictive, un genre de liqueur de néant qui vient féconder le cerveau et donner naissance aux trips les plus métaphysiques de surpuissance orgasmique.

Là où une rave est une concentration destructrice, une apogée nihiliste, un auto-débranchement volontaire en forme de grand messe de la débauche, la musique électronique peut aussi donner lieu à des oeuvres plus sensibles, mais non moins barrés. Il y a un humour en électronique, qui lui non plus ne connaît pas vraiment la modération.

Le mystère alchimique de l’électro, c’est la transmutation de la laideur industrielle ultra formatée, en beauté puissante, révolutionnaire. C’est d’assembler des ptits bouts de sons pourris et d’en faire une comptine à l’esthétique émouvante, insaisissable, profondément humaniste. L’électronique est la voix off du cauchemar moderne, le bruit résiduel qui colle au tympan quand on éteint l’écran, la bande originale des spectres obscurs qui nous hantent. C’est l’un des derniers moyens qui nous restent pour raconter notre histoire.