18
Juil
09

Avis de gamer : pourquoi c’était mieux avant

hexen

Jeuxvideo.com essaye dernièrement de se racheter un peu de crédibilité auprès des gamers, après des critiques de jeux honteusement torchées. J’ai encore en mémoire un 7/20 infligé à Gigawing, un 10/20 à Rez ou un 9/20 à la compilation Gunbird, alors qu’ils ne se privent pas de balancer un 17 à Sims2 et 16 à Nintendogs, qui ne méritent pas même pas le nom de jeux… Toujours est-il qu’ils multiplient dernièrement les « dossiers », souvent très mal documentés et avec peu/pas d’intervenants, mais aux sujets intéressants. Après un excellent dossier sur la musique dans les jeux et un autre pertinent sur la nouvelle console coréenne Wiz, ils viennent de nous pondre un genre de réflexion sur une polémique déjà ancienne : les jeux vidéo, c’était mieux avant ?

Synthèse de leur conclusion-plus-consensuelle-tu-meurs : la multiplication des jeux casuals permet de faire découvrir les jeux à plus de gens sans empêcher l’existence de jeux susceptibles de plaire aux joueurs exigeants, et donc les jeux d’aujourd’hui seront culte demain. Outre le ton économiquement positif digne de Challenge, qui sous-entend que le monde sera parfait le jour ou 100% de la population consommera du jeux vidéo en masse et s’abrutira la journée durant devant des écrans, leur petite analyse passe à côté de tout ce qui faisait l’intérêt du débat : qu’est-ce qu’avait les anciens jeux que n’ont pas ceux d’aujourd’hui ?

Hardcore ?

Ce dossier est critiquable dans ses fondements. D’abord,  ils se gourent à mon sens sur la définition du mot hardcore. Ils semblent en effet considérer WoW comme un jeu « hardcore » alors que 95% de ses 11 millions d’adeptes y jouent comme des pieds. Seules quelques guildes se hissent à un niveau que l’on peut considérer hardcore, et elles s’emmerdent d’ailleurs à mort à cause d’un certain manque de challenge, quoique Ulduar, c’est quand même pas de la tarte (m’enfin, les vétérans vous diront que WoW était hardcore au temps d’Ahn Quiraj et de Naxxramas lvl 60).

Hardcore gamer, à la base, ça vient des jeux arcades qui se finissent en général en moins de 30 minutes (mais quelles 30 minutes !), offrent donc un challenge élevé dès les premiers instants et sont, par conséquent, sans pitié pour les noobs. Hardcore gamer est un titre qui se mérite, ce sont des joueurs qui ont à leur compteur des milliers de parties du même jeu, connaissant et exploitant tous les trucs et bugs pour faire péter les scores et écraser leurs concurrents. De nos jours, ce sont ceux qui s’étripent encore à CS, Warcraft III ou Starcraft. La scène arcade survit silencieusement, esquivant les tsunamis de boulettes du dernier Cave, ou s’explosant joyeusement la tronche avec Street Fighter IV ou KOF XI.  Mais ces joueurs-là sont la plupart du temps ignorés et méprisés des développeur et des médias prétendument spécialisés, pour deux raisons : d’abord ils sont exigeants, ils n’achètent donc pas un nouveau jeu par mois et ensuite parce qu’ils connaissent mieux leur sujet que les journalistes.

Les développeurs, comme les médias « spécialisés », ont donc intérêt à se concentrer sur la majorité de bons consommateurs ignorants, en leur offrant leur quota mensuel de jeux trop beaux et trop faciles et de pseudo-critiques qui encensent des bouses automatiques à la Prince of persia, ne réclamant du joueur qu’une intervention minime tous les quarts d’heure, histoire qu’il ne s’endorme pas entre deux cinématiques.

Les casuals gamers sont nos amis

Ensuite, l’apologie du casual gaming, habilement résumé dans l’intervention de Floax :

Pour le casual gaming, je pense que ça peut redorer l’image des jeux vidéo auprès du grand public qui a longtemps retenu l’équation  » jeux vidéo = violence = boutonneux à lunettes ». Donc, c’est bien chouette, le grand public voit d’un bon oeil le jeu vidéo, et les joueurs peuvent s’amuser sans subir de moqueries.

En voilà un bien lobotomisé, il parle comme un cadre commercial de Nintendo. Personnellement, mon image de gamer auprès du reste de cette société de merde, je m’en contrecarre largement. Je n’ai d’ailleurs jamais subit de moqueries, tout juste eus-je été sermonné par quelques parents. Pas grand chose à foutre. Je joue, en partie, pour ne pas avoir à côtoyer les gens casuals, qui ont une vie normale, c’est à dire aliénés à 200%. Ils peuvent bien me chambrer un peu, si cela leur chante, pendant que je méprise leur mode de vie moutonesque et leur culture d’huitre rance.

Que des couillons achètent Wii Fit ou Sims3 et se prennent pour des joueurs, cela m’en touche une sans faire bouger l’autre. S’il y a un marché nouveau, il faut bien que des connards en costard se précipitent dessus. En revanche, on peut regretter que des jeux moins débiles, plus dérangeant, comme GTA, ne soient pas plus nombreux. Ce que je cherches dans un jeux se rapproche plus d’une simulation d’apocalypse que d’un sitcom virtuel. Et ce n’est pas les accrocs de Left4dead qui me contrediront.

les jeux vidéo, c’était pas mainstream

Un aspect du problème, souvent ignoré, est l’évolution du monde des jeux vidéo. Quiconque a connu l’époque des premiers FPS PC (Wolfenstein, Doom, Heretic, Hexen, Quake, …) pourra témoigner qu’il y avait quelque chose de subversif, de déviant dans ces jeux. Le simple fait d’y jouer vous plongeait dans la marge, dans l’underground cradingue des nouvelles technologies, dans le monde sombre et glauque des enfants tarés de la technique. Nos parents n’y pigeaient que dalle, il n’y avait que nous, recroquevillés dans un coin de pièce obscure, agrippés à un clavier pourri, les yeux scotchés à ce petit écran 14 pouces, parcourant des kilomètres de couloirs virtuels, pulvérisant du pixel à l’infini. 10A l’époque (1995-2002 environ, pour ma part), nous méprisions copieusement les détenteurs de consoles et passions des heures à overclocker nos machines, configurer nos réseaux lors de week end sans soleil, à essayer de faire fonctionner nos cracks pour finalement faire tourner Age of Empire, Quake 2 ou Unreal Tournament.

Nous nous échangions tous les trucs pour donner de l’argent aux prostitués de Duke Nukem, ou faire le maximum de score à Carmageddon en écrasant des flics. C’était grisant, alors que nous étions encore au collège, d’assouvir virtuellement nos besoins de massacres de masses et d’aventures grandioses, dans le secret de nos connaissances informatiques hermétiques au commun, partageant nos exploits avec quelques amis, lors de LAN party aujourd’hui disparues.  Je crois, en mon for interieur, que c’est ce qui manque le plus au monde du jeux vidéo : une communauté qui ne soit pas virtuelle, un échange, une émulation, une confrérie de la technique, un compagnonnage de l’aventure ludique.

Jouer à plusieurs…

Car enfin, il faudra bien que quelqu’un le dise : internet n’est pas le paradis du gamer ! On y joue sans restriction, à toutes heures de la journée, certe. On y trouve tous les jeux possibles et tous les joueurs voulus, je le concède volontiers. Mais enfin, qu’en est-il de l’humain, vers qui nous tourner quand nous avons effectué un petit exploit, avec qui partager notre joie ou nos colères, nos délires et nos déprimes ? Plus qu’un moyen de fuir la réalité, la vieille école du jeux vidéo prônait la cordialité et l’entraide, permettait la rencontre, l’amitié, entre rejetons pômés de la robotisation de l’homme.

Les LAN party mis à part, on savait aussi jouer avec peu de moyen. La plupart des anciens jeux possédaient un mode deux joueurs sur une seule machine, permettant de faire une partie avec un pote de passage. Le tour par tour a fait le succès de jeux comme Worms ou Heroes of Might and Magic, auxquels on pouvait jouer des heures, jusqu’à quatre avec un seul PC. C’est cet aspect extrêmement convivial qui a aussi fait les beaux jours d’Atomic Bomberman, valeur sûre pour une LAN réussie. Aucun serveur VIP sur internet ne pourra approcher les ambiances délirantes de ce genre de rendez-vous devenus rares.

Je me suis récemment mis à Battlefiel Heroes, séduit par le gameplay FPS appliqué à la vue à la troisième personne. Le jeu est fun, le design cartoon, très inspiré de Team Fortress 2, procure à l’ensemble un côté parodique du meilleur effet. Le système de progression est sympatoche et l’XP bien gérée. On peut la jouer bourin ou en finesse, avec une gestion astucieuse des capacités. Mais voilà, malgré le réseau, on ne s’échange pas grand chose à part des « gg » de circonstance et autre « fucking campers », « noobs », … Bref, on pourrait presque jouer contre des bots avec taunting automatique, on verrai pas la différence. Je me lasse bien vite de cette communauté aigrie et froide, cynique et sans visage. Malheureusement, rien ne laisse présager un retour du multijoueur de proximité : triste symptôme du tout-à-l’internet, Blizzard a annoncé ne pas prévoir de mode réseau local pour Starcraft 2 et Diablo 3.

Pour conclure, le contexte dans lequel on joue est au moins aussi important que le jeu en lui-même, en ce qui concerne la qualité de l’expérience vécue. C’est, à mon sens, le principal facteur expliquant un enthousiasme diminuant pour les nouveaux jeux. Non pas qu’ils soient mauvais, ou même trop faciles (effectivement, on peut trouver des jeux hardus si on le souhaite, notamment du côté arcade), mais on ne partage plus grand chose à travers eux. On se retrouve, la plupart du temps, seuls devant nos écrans, même quand il s’agit d’échanger, via forum ou blog, nos commentaires vidéoludiques. Les vieux jeux étaient savourés à plusieurs, des week ends entiers, dans des caves, des salles des fêtes ou dans l’arrière boutique d’un magasin de jeux. C’était plus que des jeux, mais des moyens d’échanger sur notre commune volonté de fuir le monde, le temps de quelques parties.

Les jeux d’aujourd’hui seront certainement culte demain, mais ne seront pas doté de l’aura très communautaire et transgressive qui accompagne le souvenir des jeux d’hier. Et ça, ça fait quand même une sacré différence.

laan

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5 Responses to “Avis de gamer : pourquoi c’était mieux avant”


  1. juillet 18, 2009 à 22:40

    C’est très juste, tout ça…
    Et c’est malheureusement sévèrement répandu dans tous les domaines : la plupart des « journalistes spécialisés » ( énormes, les guillemets ), pour ne pas écrire la quasi-totalité, balancent des papiers très consensuels, très commercialement corrects, qui vont dans le sens du refus des individualités. Les concepteurs / fabricants / développeurs etc. déploient des trésors de persuasion dans la communication de leurs produits ( et je parle encore ici de tous types de produits, des jeux mais pas seulement ) qui sont de plus en plus « lisses » pour plaire au plus grand nombre. Et puis ce qui plaît au plus grand nombre se vend et donc fait des envieux dans la concurrence, qui copie, et ainsi de suite. Résultat : aucune innovation, sauf technique, aucune imagination, et une population qui s’abrutit.
    Doom, Quake… faut que je m’y recolle, il est temps.

    • juillet 19, 2009 à 08:03

      Ce qui est frappant, c’est que malgré les progrès formidables de la technique, les développeurs ne se lâchent pas un peu plus dans les concepts de gameplay, les univers et les histoires qu’ils développent. Et quand ils le font, ils le font mal généralement. Dernier exemple : prototype. L’idée du mec-mutant-demi-dieu-qui-massacre-tout-et-détruit-la-ville m’avait trop accroché, mais il s’est avéré qu’il n’y avait aucun challenge, et que la ville en question est on ne peut plus vide. Bref, un jeu, une fois de plus, sans personnalité ni charme particulier, alors qu’il y avait de quoi faire pourtant !

      Encore une preuve de la connerie des journalistes, du Monde cette fois-ci. Voici ce qu’on peut lire dans un article paru ce jour sur le succès de Guitar Hero :

      Plus globalement, Guitar Hero et ses avatars participent de l’émergence des « casual games », ces jeux auxquels toute la famille peut jouer. Qui ne sont plus réservés qu’aux « gamers » purs et durs, ados boutonneux capables de rester scotchés devant leur console toute la nuit à éliminer des monstres dans un monde virtuel vaguement inspiré de Tolkien…

      Lire un tel parangon de préjugé et de connerie, en 2009, même de la part d’un média bien-pensant, j’avoue que ça m’a surpris.

      source

  2. 3 Tama
    juillet 19, 2009 à 15:39

    Je ne peux qu’être totalement d’accord avec toi sur le fait qu' »Internet n’est pas le paradis du gamer ». Ayant toujours habité dans des zones à population gamer faible (voire nulle), j’ai longtemps espéré que TEH INTERNET comblerait ce manque, et je me suis bien planté…Rien ne vaudra jamais une rencontre IRL, avec les copains assis dans le canapé à jouer dans la même salle, à se menacer de jet de pads. Le jeu online donne finalement l’impression de ne pas se trouver en présence de joueurs. C’est pour cela que, comme toi, je crois qu’une communauté de joueurs réelle, qui sorte de chez elle et qui vient se rencontrer, est ce qu’il y a de mieux pour le jeu vidéo (c’était surement ce que tu as voulu dire dans ton article précédent sur les otaku).

    Le casual gaming me gêne dans le sens où je ne vois pas la passerelle tant promise par les éditeurs : en effet, on nous disaient que les casual finiraient par s’essayer à des jeux dits hardcore, un peu comme nous l’avons fait à l’époque en fait (c’est d’ailleurs le discours lénifiant ressorti pour justifier l’existence de la Console Virtuelle et autres plate-formes de refourguage d’anciens titres). Mais cette passerelle, je l’attends toujours, et j’ai fini par comprendre pourquoi très vite : c’est simplement parce qu’un casual n’a pas du tout les mêmes attentes. C’est évident, mais c’est un état de fait que les éditeurs nient très fort pour pouvoir continuer à pondre des Léa Passion Cheval…


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