Archives de juillet 2009

21
Juil
09

Bonus: apocalypse, cinéma et bouse française

En regardant le premier épisode de Tokyo Magnitude 8.0, le moment où l’héroïne souhaite la disparition du monde, juste avant le fameux tremblement de terre, j’ai été frappé d’une révélation. Cette fameuse volonté de détruire le monde, de tout voir ravager, les villes mises à sac et les populations détruites, n’est-elle pas aujourd’hui extrêmement présente, au premier plan de l’inconscient collectif mondial ? L’énervement et le désespoir latent de cette société qui n’en est plus une, de nos civilisations mourantes et sans projets, n’a-t-il pas dernièrement atteint des sommets ? Il semble qu’on rencontre les symptômes de cette sourde pulsion apocalyptique, de plus en plus fréquemment.

Qu’on pense aux guerres, aux catastrophes écologiques, aux famines, aux crises économiques, aux émeutes, aux licenciements de masses, à l’empoisonnement industriel que nous subissons tous quotidiennement, il est permis de d’affirmer que l’humanité est dans la merde. Ça fait d’ailleurs depuis des décennies que des gens gueulent à qui veut l’entendre que si on ne change pas radicalement notre mode de vie, on va tous creuver. Des années de jemenfoutisme et de pollution maximales plus tard, on en est sûr : on a tous fait le choix de trépasser collectivement le plus rapidement possible.

L’industrie du cinéma, ces dernières années, reflète à merveille le besoin hystérique d’un armageddon planétaire. Une belle chiée de film findumondistes est venue décorer les toiles du monde entier. Certains sont vraiment pourris (Knowing), d’autres très décevants (The day the earth stood still, I am Legend, The Happening), et puis, dans le reste, on a des perles, de ces films qui resteront comme des témoignages de ce que furent ces années 2000 : Kaïro, Children of Men, 28 days later.

compilaffiches

Autant de films qui portent la fin des temps comme un leitmotiv et en font presque un genre en soit : le world’s end movie est né.

Et là, c’est le drame…

L’industrie du cinéma français, engloutie depuis longtemps dans son délire post-soixantehuitard échangiste, aigri & cynique, n’a habituellement que faire de ce genre de demande populaire. Mais là, deux réalisateurs brillants se sont dit :derniersjours« Ah! mais la fin du monde, ça peut passer si on met des post-soixantehuitards aigris, cyniques et échangistes dedans ». Quel génie, quel bon goût !

Le simple visionnage de la BA de cette horreure filmique m’a retourné l’estomac. On est là devant du très très haut niveau de chaos audiovisuel, du concentré de nihilisme cinéphilique. Le principe, c’est de réussir à rendre chiante, bourgeoise et orgiaque la fin du monde. Inutile de chercher des scènes spectaculaires, des enjeux narratifs forts, du suspens, une critique de la société matérialiste, un jeu d’acteur, … Non, là en fait le message c’est que comme les gens meurent (alors là on sent que les mecs on pioché une idée de catastrophe au hasard, et qu’ils s’en foutent complètement), on peut être encore plus monomaniaques, blasés et obsédés qu’avant. C’est un peu la fête des bobos quoi.

Dans la BA on apprend qu’une fin du monde :

  1. c’est super pour draguer
  2. ça donne envie de baiser avec tout le monde
  3. c’est super pour fucker où on veut et même partouzer
  4. c’est comme passer Noël en famille
  5. c’est super parce qu’on peut se balader à poil
  6. ça rajeunit
  7. c’est super

La méthode des frères Larrieu, où comment prendre l’un des thèmes d’anticipation les plus cool et pertinent de notre époque, et en faire la bouse la plus monstrueuse, honteuse et hors-sujet de l’année (ce que ça sera certainement). Donc, la France va avoir droit à son apocalypse sur grand écran, même si la dite apocalypse se situera plus certainement dans le cul des actrices et dans le cerveaux des spectateurs que dans le film en question. Et le mieux dans l’histoire, c’est que cet excrément infâme a dû coûter au minimum 8 à 10 millions d’euros (à vue d’oeil), pioché dans les caisses de l’Etat, pendant que des réalisateurs un tantinet respectueux des spectateurs, galèrent avec deux millions pour faire un film de zombie qui dépote.

double-facepalm

Et maintenant, un peu d’anticipation IRL : à la radio, les gens déblatèrent beaucoup sur la pandémie de grippe A(H1N1), ils s’excitent et se préparent avec impatience à vivre enfin un film catastrophe grandeur nature. Ils s’entraînent à mettre à jour rapidement le bilan des morts, à trouver des experts pour imaginer les pires sénarios possibles et à recommander aux gens d’ostraciser, voir de tirer, sur tous ceux qui montreront des symptômes. J’ai quand même appris deux-trois trucs : les écoles et les crèches seront fermées, les personnes cloîtrées chez elles, certaines entreprises ne fonctionneront plus, les patinoires seront réquisitionnées pour faire des morgues, … on va bien se marrer à la rentrée. Préparez les provisions, les appareils photos et repérez les magasins à piller en priorité !

Mais bon, trépignez pas trop non plus, je suis sûr que ce sera pas aussi bien qu’on l’espère.

18
Juil
09

Avis de gamer : pourquoi c’était mieux avant

hexen

Jeuxvideo.com essaye dernièrement de se racheter un peu de crédibilité auprès des gamers, après des critiques de jeux honteusement torchées. J’ai encore en mémoire un 7/20 infligé à Gigawing, un 10/20 à Rez ou un 9/20 à la compilation Gunbird, alors qu’ils ne se privent pas de balancer un 17 à Sims2 et 16 à Nintendogs, qui ne méritent pas même pas le nom de jeux… Toujours est-il qu’ils multiplient dernièrement les « dossiers », souvent très mal documentés et avec peu/pas d’intervenants, mais aux sujets intéressants. Après un excellent dossier sur la musique dans les jeux et un autre pertinent sur la nouvelle console coréenne Wiz, ils viennent de nous pondre un genre de réflexion sur une polémique déjà ancienne : les jeux vidéo, c’était mieux avant ?

Synthèse de leur conclusion-plus-consensuelle-tu-meurs : la multiplication des jeux casuals permet de faire découvrir les jeux à plus de gens sans empêcher l’existence de jeux susceptibles de plaire aux joueurs exigeants, et donc les jeux d’aujourd’hui seront culte demain. Outre le ton économiquement positif digne de Challenge, qui sous-entend que le monde sera parfait le jour ou 100% de la population consommera du jeux vidéo en masse et s’abrutira la journée durant devant des écrans, leur petite analyse passe à côté de tout ce qui faisait l’intérêt du débat : qu’est-ce qu’avait les anciens jeux que n’ont pas ceux d’aujourd’hui ?

Hardcore ?

Ce dossier est critiquable dans ses fondements. D’abord,  ils se gourent à mon sens sur la définition du mot hardcore. Ils semblent en effet considérer WoW comme un jeu « hardcore » alors que 95% de ses 11 millions d’adeptes y jouent comme des pieds. Seules quelques guildes se hissent à un niveau que l’on peut considérer hardcore, et elles s’emmerdent d’ailleurs à mort à cause d’un certain manque de challenge, quoique Ulduar, c’est quand même pas de la tarte (m’enfin, les vétérans vous diront que WoW était hardcore au temps d’Ahn Quiraj et de Naxxramas lvl 60).

Hardcore gamer, à la base, ça vient des jeux arcades qui se finissent en général en moins de 30 minutes (mais quelles 30 minutes !), offrent donc un challenge élevé dès les premiers instants et sont, par conséquent, sans pitié pour les noobs. Hardcore gamer est un titre qui se mérite, ce sont des joueurs qui ont à leur compteur des milliers de parties du même jeu, connaissant et exploitant tous les trucs et bugs pour faire péter les scores et écraser leurs concurrents. De nos jours, ce sont ceux qui s’étripent encore à CS, Warcraft III ou Starcraft. La scène arcade survit silencieusement, esquivant les tsunamis de boulettes du dernier Cave, ou s’explosant joyeusement la tronche avec Street Fighter IV ou KOF XI.  Mais ces joueurs-là sont la plupart du temps ignorés et méprisés des développeur et des médias prétendument spécialisés, pour deux raisons : d’abord ils sont exigeants, ils n’achètent donc pas un nouveau jeu par mois et ensuite parce qu’ils connaissent mieux leur sujet que les journalistes.

Les développeurs, comme les médias « spécialisés », ont donc intérêt à se concentrer sur la majorité de bons consommateurs ignorants, en leur offrant leur quota mensuel de jeux trop beaux et trop faciles et de pseudo-critiques qui encensent des bouses automatiques à la Prince of persia, ne réclamant du joueur qu’une intervention minime tous les quarts d’heure, histoire qu’il ne s’endorme pas entre deux cinématiques.

Les casuals gamers sont nos amis

Ensuite, l’apologie du casual gaming, habilement résumé dans l’intervention de Floax :

Pour le casual gaming, je pense que ça peut redorer l’image des jeux vidéo auprès du grand public qui a longtemps retenu l’équation  » jeux vidéo = violence = boutonneux à lunettes ». Donc, c’est bien chouette, le grand public voit d’un bon oeil le jeu vidéo, et les joueurs peuvent s’amuser sans subir de moqueries.

En voilà un bien lobotomisé, il parle comme un cadre commercial de Nintendo. Personnellement, mon image de gamer auprès du reste de cette société de merde, je m’en contrecarre largement. Je n’ai d’ailleurs jamais subit de moqueries, tout juste eus-je été sermonné par quelques parents. Pas grand chose à foutre. Je joue, en partie, pour ne pas avoir à côtoyer les gens casuals, qui ont une vie normale, c’est à dire aliénés à 200%. Ils peuvent bien me chambrer un peu, si cela leur chante, pendant que je méprise leur mode de vie moutonesque et leur culture d’huitre rance.

Que des couillons achètent Wii Fit ou Sims3 et se prennent pour des joueurs, cela m’en touche une sans faire bouger l’autre. S’il y a un marché nouveau, il faut bien que des connards en costard se précipitent dessus. En revanche, on peut regretter que des jeux moins débiles, plus dérangeant, comme GTA, ne soient pas plus nombreux. Ce que je cherches dans un jeux se rapproche plus d’une simulation d’apocalypse que d’un sitcom virtuel. Et ce n’est pas les accrocs de Left4dead qui me contrediront.

les jeux vidéo, c’était pas mainstream

Un aspect du problème, souvent ignoré, est l’évolution du monde des jeux vidéo. Quiconque a connu l’époque des premiers FPS PC (Wolfenstein, Doom, Heretic, Hexen, Quake, …) pourra témoigner qu’il y avait quelque chose de subversif, de déviant dans ces jeux. Le simple fait d’y jouer vous plongeait dans la marge, dans l’underground cradingue des nouvelles technologies, dans le monde sombre et glauque des enfants tarés de la technique. Nos parents n’y pigeaient que dalle, il n’y avait que nous, recroquevillés dans un coin de pièce obscure, agrippés à un clavier pourri, les yeux scotchés à ce petit écran 14 pouces, parcourant des kilomètres de couloirs virtuels, pulvérisant du pixel à l’infini. 10A l’époque (1995-2002 environ, pour ma part), nous méprisions copieusement les détenteurs de consoles et passions des heures à overclocker nos machines, configurer nos réseaux lors de week end sans soleil, à essayer de faire fonctionner nos cracks pour finalement faire tourner Age of Empire, Quake 2 ou Unreal Tournament.

Nous nous échangions tous les trucs pour donner de l’argent aux prostitués de Duke Nukem, ou faire le maximum de score à Carmageddon en écrasant des flics. C’était grisant, alors que nous étions encore au collège, d’assouvir virtuellement nos besoins de massacres de masses et d’aventures grandioses, dans le secret de nos connaissances informatiques hermétiques au commun, partageant nos exploits avec quelques amis, lors de LAN party aujourd’hui disparues.  Je crois, en mon for interieur, que c’est ce qui manque le plus au monde du jeux vidéo : une communauté qui ne soit pas virtuelle, un échange, une émulation, une confrérie de la technique, un compagnonnage de l’aventure ludique.

Jouer à plusieurs…

Car enfin, il faudra bien que quelqu’un le dise : internet n’est pas le paradis du gamer ! On y joue sans restriction, à toutes heures de la journée, certe. On y trouve tous les jeux possibles et tous les joueurs voulus, je le concède volontiers. Mais enfin, qu’en est-il de l’humain, vers qui nous tourner quand nous avons effectué un petit exploit, avec qui partager notre joie ou nos colères, nos délires et nos déprimes ? Plus qu’un moyen de fuir la réalité, la vieille école du jeux vidéo prônait la cordialité et l’entraide, permettait la rencontre, l’amitié, entre rejetons pômés de la robotisation de l’homme.

Les LAN party mis à part, on savait aussi jouer avec peu de moyen. La plupart des anciens jeux possédaient un mode deux joueurs sur une seule machine, permettant de faire une partie avec un pote de passage. Le tour par tour a fait le succès de jeux comme Worms ou Heroes of Might and Magic, auxquels on pouvait jouer des heures, jusqu’à quatre avec un seul PC. C’est cet aspect extrêmement convivial qui a aussi fait les beaux jours d’Atomic Bomberman, valeur sûre pour une LAN réussie. Aucun serveur VIP sur internet ne pourra approcher les ambiances délirantes de ce genre de rendez-vous devenus rares.

Je me suis récemment mis à Battlefiel Heroes, séduit par le gameplay FPS appliqué à la vue à la troisième personne. Le jeu est fun, le design cartoon, très inspiré de Team Fortress 2, procure à l’ensemble un côté parodique du meilleur effet. Le système de progression est sympatoche et l’XP bien gérée. On peut la jouer bourin ou en finesse, avec une gestion astucieuse des capacités. Mais voilà, malgré le réseau, on ne s’échange pas grand chose à part des « gg » de circonstance et autre « fucking campers », « noobs », … Bref, on pourrait presque jouer contre des bots avec taunting automatique, on verrai pas la différence. Je me lasse bien vite de cette communauté aigrie et froide, cynique et sans visage. Malheureusement, rien ne laisse présager un retour du multijoueur de proximité : triste symptôme du tout-à-l’internet, Blizzard a annoncé ne pas prévoir de mode réseau local pour Starcraft 2 et Diablo 3.

Pour conclure, le contexte dans lequel on joue est au moins aussi important que le jeu en lui-même, en ce qui concerne la qualité de l’expérience vécue. C’est, à mon sens, le principal facteur expliquant un enthousiasme diminuant pour les nouveaux jeux. Non pas qu’ils soient mauvais, ou même trop faciles (effectivement, on peut trouver des jeux hardus si on le souhaite, notamment du côté arcade), mais on ne partage plus grand chose à travers eux. On se retrouve, la plupart du temps, seuls devant nos écrans, même quand il s’agit d’échanger, via forum ou blog, nos commentaires vidéoludiques. Les vieux jeux étaient savourés à plusieurs, des week ends entiers, dans des caves, des salles des fêtes ou dans l’arrière boutique d’un magasin de jeux. C’était plus que des jeux, mais des moyens d’échanger sur notre commune volonté de fuir le monde, le temps de quelques parties.

Les jeux d’aujourd’hui seront certainement culte demain, mais ne seront pas doté de l’aura très communautaire et transgressive qui accompagne le souvenir des jeux d’hier. Et ça, ça fait quand même une sacré différence.

laan