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Why so evil ?

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On a pas mal parlé de The Dark Knight, dernier film de Batman en date, sorti en salle en aout 2008. Il en a réjoui beaucoup par sa noirceur, son ambiance glauque et malade qui rend enfin justice à l’idée que se font les fans de l’univers de la chauve souris milliardaire. Personnellement, j’ai été moins séduit par le film dans son ensemble (qui pêche par une mise en scène trop sobre) que par le charisme et le charme invraisemblable du Joker. Ce taré crève à tel point l’écran qu’il m’en a fait oublié Batman, et qu’en regardant le générique je me suis posé la question : pourquoi ce film ne s’appelle-t-il pas Rise of the Joker ?

En règle général dans le cinéma, le méchant est perçu comme l’anti-thèse du héro, comme son contraire. Il intervient dans le film à la fois pour donner au héro l’occasion de se valoriser et pour montrer que le bien l’emporte. Trop rarement, le bad guy est un personnage à part entière, traité de manière cohérente et complète. Trop souvent, on ne lui attribue que des « circonstances atténuantes » pour justifier ses actes, et non pas une véritable philosophie.

Le Joker de Heath Ledger est un génie. Vrai monstre, véritable enfant pourri de la modernité, ce gars-là a tout compris de la société dans laquelle il vit, a su démonter et inspecter chaque aspect du monde moderne. Il a si bien apprit ses mécanismes qu’il s’y insinue et les manipule avec une aisance prodigieuse, naturelle.

Du début à la fin, c’est ce clown psychopate aux allures de dandy toxico qui mène la danse, qui prend tous les risques. Et alors que son adversaire est surentraîné et bardé de gadgets technologiques, ce gogo n’a que son costume psychédélique et son intelligence corrompue pour arriver à ses fins.

Le rapport qu’il entretien avec le Batman est, lui aussi, plus nuancé et pertinent que la routine habituelle. Le Joker ne dit pas au héro « nous sommes pareils », mais « tu me complètes ». Il lui explique que la lutte du bien contre le mal, scénarisée par les médias, est une plaisanterie, et que le vrai drame est la manière dont les « gens civilisés » s’entre-dévorent pour de la sécurité, de la gloire ou des richesses. Le nihilisme du Joker a un goût d’authenticité, parce qu’il a admis l’absurdité des normes, ces codes qui ne sont là, bien souvent, que pour masquer l’insupportable difformité de l’homme-consommateur.

ellindioL’objectif du Joker est de faire éclater la vérité, de rendre public le chaos du monde moderne, son immoralité fondamentale. Le but du Batman est de préserver l’idée de la justice. Tous deux ne croient pas en l’ordre établit, et le défient, parce qu’ils savent que cet ordre est infecté, illusoire, mafieux. L’un espère pouvoir un jour le rétablir, l’autre veut que cesse la mascarade.

Le Joker confronte son relativisme intégral et désespéré avec la morgue schizophrénique de Batman, personnage torturé, qui n’assume pas ses propres principes ni sa richesse, ne cesse de douter de sa légitimité et éprouve le besoin de se dissimuler derrière un masque. Au contraire, le Joker n’obéit à aucune règle, il ne veut ni argent, ni responsabilité, ni contrôle. Il incarne le parfait agent du chaos. Au moins, affirme-t-il à un Harvey Dante défiguré, ce chaos est « fair », équitable, par rapport à un système mensonger qui ne laisse aucune chance à ceux d’en bas.

De mémoire, il n’y a que le personnage de El Indio (Per qualche dollari di piu, Sergio Leone, 1965) qui soutienne la comparaison. Il apparaît d’ailleurs dans le seul film de la trilogie des dollars où Clint Eastwood semble en retrait, presque éclipsé. Dans de tels films, on sent que le réalisateur lui-même est en lutte avec son personnage, avec ce qu’il représente. Que ce soit El Indio ou le Joker, ces caractères rapetissent l’ordre en place, et nous donnent une furieuse envie de briser nos propres règles, parce que leur liberté ridiculise ce que nous prenons pour une morale et qui se révèle, à leur contact, n’être qu’un vernis d’humanisme sur un fond absurde et animal.

Alors que l’histoire récente nous montre que les pays prétendument « développés » mijotent, par leur impensable égoïsme, une catastrophe humaine et environnementale mondialisé, l’anarchisme déjanté et fascinant du Joker paraît, finalement, pas si disproportionné que ça. Et ce n’est pas l’optimisme outrancier venu « sauver » la fin du film, qui nous en dissuadera.

joker

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1 Response to “Why so evil ?”


  1. février 23, 2009 à 12:26

    Allez, encore un commentaire vide de tout intérêt, juste pour te dire que ce que tu écris est passionnant… ta conclusion, la comparaison avec le film de Leone. Excellent !


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