Page d'Archives 2

16
déc
09

Vous… ne passerez… PAS !

L’atmosphère est glacée. L’aube est rouge. Plus d’un sera stoppé par le piège de glace, et sur les quais noircis de monde, le sang coulera en flots abondants.

Avatar sort aujourd’hui dans les salles du monde entier. Cet évènement sans précédent aura essuyé sa dose de cynisme médiatique habituel, alors que son aura mystérieuse réveille les morts et inspire le meilleur aux geeks.

Notre pays ne compte qu’une seule salle capable de diffuser Avatar dans les conditions voulues par son auteur. Un unique écran, quelques centaines de sièges seulement, pour soutenir la révolution cinématographique tant attendue.

Mais comme si la rareté des places n’était pas une épreuve suffisante, une nouvelle embuche attend les pèlerins transits de froid. La marée de fans hystériques s’apprête à connaître l’enfer du syndicalisme français. Nombreux sont ceux qui n’atteindront jamais la terre promise, et sombreront dans l’oubli et la déconfiture. Paix à leurs âmes.

Vous avez vos ordres, et votre objectif. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Bonne chance.

12
déc
09

electronic music : is mankind still alive ?

Chaque génération développe, parait-il, une culture propre, une forme nouvelle de transgression, d’émancipation artistique et poétique vis à vis de l’ordre en place. L’exemple du rock et du cortège de mouvements alternatifs qu’il a engendré (hippies et punk, pour les plus connus) vérifie cette théorie.

Pourtant, le mouvement punk portait en lui l’annonce de la fin de l’art, proclamait la disparition de toute poésie, de toute subversion. Les genres musicaux qui l’ont suivis confirmaient cette annihilation culturelle, l’impossibilité d’atteindre à nouveau le sens. A l’image du groupe Nirvana, flamme incandescente du nihilisme vécue, terminant sa course dans le suicide, après avoir gueulé la vacuité de vivre pendant une décennie. La puissante vague rock s’écrase et s’effondre sur ces dunes arrides infranchissables pour l’âme en quête de sens : le désert de la paix économique, le territoire moderne, le supermarché à ciel ouvert, où la transgression n’est tolérée que si elle n’est qu’une façade autorisée du conformisme.

La dépouille du rock remue encore, mais le cœur n’y est plus. Le métal gueule à l’infini la douleur de ne plus rien avoir à dire, de ne plus rien pouvoir exprimer que l’imbécilité de l’existence en ce siècle robotisé. Et la variété, le pop, le rap, le r’n'b et tous ces avatars de la musique beauf et creuse, produisent à l’infini la vision fantasmée d’un monde où l’argent satisfait tous les désirs, et où chacun vit isolément son bonheur individuel, coincé dans sa bulle personnalisée, prisonnier de l’étroitesse de son imagination atrophiée. Quelle culture, quelle musique, pour une génération qui n’a comme ultime projet que l’acquisition du dernier gadget à la mode, comme haut lieu que la réalisation d’un monde de bisounours décervelés, et comme aspiration profonde que la possession du plus grand nombre de choses ? Quelle son reflète la déstructuration des aspirations morales, la déliquescence de tout esprit d’aventure et de désintéressement, la mise à mort, dans un climax audiovisuel, de l’homme en tant que créature spirituelle, poétique et philosophique ?

Les enfants tarés nés durant les 30 dernières années, abreuvés de virtualité, ont avalé à l’excès le dégueuli télévisé, ont digéré une quantité infini de codes issus de la culture marchande et d’univers inventés. Habitués à voyager d’un monde à l’autre, d’une image à la suivante, d’un son rock à une musique de jeux vidéo, leur cerveau malade a commencé à mélanger cette déferlante de produits culturels. Ils se sont emparés de quelques machines plus ou moins expérimentales, où ont eu l’idée de mixer ensemble deux morceaux pour en faire un troisième, et on mis en branle un mouvement sans contours précis, sans limites, sans buts définis, mais qui constitue pourtant l’ultime vestige musical de l’humanité contemporaine.

J’ai personnellement fait la rencontre de cette vague en 1996. J’étais là, à zapper, quand je suis tombé sur le clip “Extra” de Ken Ishii.

Ce sont les images qui m’ont attirés, qui m’ont fasciné, bien plus que le son. Mais mon appétence enfantine pour la violence, et ma fascination pour l’univers de Morimoto, ont aussitôt été associé à cet étrange musique. Il me semblait découvrir un univers parallèle, urbain et nocturne, à la frontière du mien, où les enfants avaient autant de pouvoir que les adultes, où tous mes rêves et mes craintes se réalisaient. Une société dangereuse et excitante, fantasmagorique, qui détournaient les technologies et les produits de consommations de leur finalité, pour en faire un usage plus intéressant, plus subversif.

L’année suivante, radios et télé ont commencé à passer ça en boucle. Là, j’ai été scotché, et mon oreille définitivement marquée. Non seulement je n’avais jamais entendu un truc aussi dément, aussi déviant, à la fois curieusement sournoi et mélancolique, mais je découvrais que j’adorais ça. Quelque chose en moi se réveillait, résonnait au son de ce synthé torturé, une espèce de déclaration intérieure, d’aveu intime : oui je suis un fou, un cerveau cramé par toute la came audiovisuelle que je m’injecte quotidiennement depuis toujours, et non je n’ai pas de repères dans le brouillard cybernétique dans lequel j’évoluais. Je suis pommé, dépendant, et sans perspectives. A 11 ans, j’en prenais conscience avec peur et délectation : ma vie ne sera qu’une longue errance dans une fiction technologique en perpétuelle création, et dans laquelle il me faudra me battre, me démener de toutes mes forces, pour trouver un peu de sens, de quoi nourrir mon âme.

Plus tard, à 17 ans, happé par cette puissance lame de fond, j’ai commencé à fréquenter des rave. Je découvrais, avec cette même fascination, l’univers hors-la-loi, et en même temps si décadent, de ces longues nuits qui ressemblent moins à des fêtes, qu’à des rassemblements orgiaques de zombis hypnotisés, drogués et lubriques. Croyez-moi, c’est bien plus effrayant que ça en a l’air. C’est un énorme mindfuck collectif, un anéantissement intellectuel de masse.

Dans nos before, on se passait des dessins animés de Walt Disney sur fond de musique techno ou Jungle. On ingurgitait en même temps les cocktails alcoolisés les plus ravageurs et sucrés, tout en fumant dizaines de bédos. En quelques minutes, on devenait hallucinés, on se téléportait dans un monde où tout ce qui est ordinaire prend un sens nouveau, détraqué, dérangeant. On mettait nos cerveaux en orbites à grande renfort de THC et de visions absurdes.

La rave est un effort pour concentrer et faire exploser, le temps d’une nuit, toute l’immondice médiatisé dont la société de consommation nous inonde en permanence. Mais ce qui fait l’étrangeté de cette débauche consommatoire, de cette démesure, c’est que le mélange de tous ces sons mécaniques et bizarroïdes, et d’imagerie publicitaire détournée, forme une purée malsaine et addictive, un genre de liqueur de néant qui vient féconder le cerveau et donner naissance aux trips les plus métaphysiques de surpuissance orgasmique.

Là où une rave est une concentration destructrice, une apogée nihiliste, un auto-débranchement volontaire en forme de grand messe de la débauche, la musique électronique peut aussi donner lieu à des oeuvres plus sensibles, mais non moins barrés. Il y a un humour en électronique, qui lui non plus ne connaît pas vraiment la modération.

Le mystère alchimique de l’électro, c’est la transmutation de la laideur industrielle ultra formatée, en beauté puissante, révolutionnaire. C’est d’assembler des ptits bouts de sons pourris et d’en faire une comptine à l’esthétique émouvante, insaisissable, profondément humaniste. L’électronique est la voix off du cauchemar moderne, le bruit résiduel qui colle au tympan quand on éteint l’écran, la bande originale des spectres obscurs qui nous hantent. C’est l’un des derniers moyens qui nous restent pour raconter notre histoire.

02
oct
09

Observatoire des ténèbres rampantes

fcoffice

MAJ du 8 octobre :

Article intéressant du Monde, bien que ne présentant le problème, une nouvelle fois, que sous un angle purement sociologique (en journalisme, on ne parle que économie ou sociologie, on ne mélange pas les deux, et on ne prend jamais de recul par rapport à ces analyses) :

Pourquoi les jeunes sont-ils les premiers touchés lors des crises en France ?

Eric Morin :L’attachement d’une société aux statuts et aux rangs a pour contrepartie la relégation des nouveaux arrivants. Or, les nouveaux arrivants, ce sont les jeunes. Avant de s’assurer une place sur le marché du travail et dans la société, ils ont toujours dû patienter. Le paradoxe est qu’une fois arrivés au pied de l’échelle sociale, les jeunes eux-mêmes défendent ce système. C’est ainsi que j’analyse le refus du CPE en 2006 : les jeunes ne voulaient surtout pas qu’on dévalue ce qu’ils cherchaient tant à obtenir.

Et encore :

Louis Chauvel : A de nombreux points de vue, on mesure de plus en plus de jeunes dont le niveau de vie n’a pas progressé, bien au contraire, par rapport à la génération précédente.

Le problème, c’est que ces difficultés ne sont pas simplement des effets d’âge – les jeunes vont plus mal –, ce sont des effets de génération, c’est-à-dire qu’une mauvaise entrée dans la vie adulte a des conséquences sur la très longue durée.

Les jeunes qui ont connu des bas salaires, de faibles niveaux d’emploi, qui ont connu le chômage à leur entrée tardive dans la vie adulte après de longues études, peineront à trouver un niveau de retraite décent dans les prochaines décennies.

Autre article, plus intéressant encore, traitant du sujet géopolitique majeur de ce siècle : la fin du pétrole bon marché.

Q › Pourquoi sommes-nous si mal préparés face à ce qui s’en vient? Manquons-nous d’information?
R ›
Je ne crois pas. Toutes les autorités crédibles s’accordent à dire que les réserves de pétrole seront complètement épuisées d’ici à la fin du XXIe siècle. Si l’on ne s’inquiète pas davantage, c’est qu’on s’imagine que la technologie et les marchés nous sauveront.

C’est ce que j’appelle la pensée magique. Habituellement, ce terme s’applique aux enfants! Mais il est évident que nos sociétés modernes s’appuient sur un nombre exorbitant de rêves, d’illusions et de fantasmes. Mais nous sommes incapables de faire face à la réalité. Nous n’arrivons pas à croire que 200 ans de modernité peuvent être balayés par une pénurie mondiale d’énergie.

On m’a reproché, çà et , d’exposer dans mon blog et mes commentaires une vision des choses désespérée, pessimiste et déconnectée de la réalité. De telles reproches, surtout au vue de mes deux derniers billets, ne semblent peut-être pas sans fondements. Néanmoins, qu’on me permette d’expliquer mon point de vue.

Mon effort vise, pour reprendre les mots de feu Philippe Muray, à “réintroduire le négatif pour montrer que lorsqu’on l’évacue, on ne peut plus rien comprendre“. Soyons réalistes et lucides sur notre condition : nous sommes coincés, par une inertie effroyable, derrière nos écrans d’ordinateur, les mains poisseusement englués à nos claviers. Nous passons d’animés en jeux vidéos, de jeux vidéos en films, et de films à internet. Ce que nous recherchons, au fond, le savons-nous nous-même ?

Pourquoi internet et les loisirs numériques nous attirent-t-ils avec autant de force ? On me rétorquera à raison, que nous faisons cela par plaisir. Mais les plaisirs du réels devraient, en théorie, être plus forts, plus puissants, plus attirants car plus vrais.

Certaines œuvres nous parlent plus que d’autres. Des consensus s’installent, des animés, des films, des jeux vidéo, déclenchent parfois des torrents d’enthousiasmes et d’énergie, que les normalfags prennent pour de la beaufitude. Qu’y a-t-il dans ces divertissements pour soulever une telle adhésion ? Qu’est-ce qui fait d’Evangelion un mythe, une révolution audiovisuelle ?

Ces œuvres expriment un malaise social profond, une incompréhension insurmontable de la norme et la question récurrente de notre identité. Qui sommes nous, dans ce marasme, dans ce chaos qu’est l’ordre moderne ? Est-il normal de souffrir d’un système dont tous nos proches semblent se satisfaire ? Nous ressentons une douleur sourde, qui n’est peut-être pas toujours consciente, mais qui nous amènent, en flots toujours plus gros, dans les filets de la toile. Le virtuel paraît tellement plus cohérent, plus sincère, plus vrai, et on y trouve tellement plus, au final, que dans la vie réelle, qu’on y construit une vie entière, et ce, de plus en plus tôt et de plus en plus assidûment.

On parle de nous dans la presse du jour.

J’aime bien leur phrase d’introduction “C’est l’élite d’une génération qui trinque“. Sans me sentir membre d’une “élite” (à part, peut-être, celle des connaisseurs d’Eva et de Gainax en général… non mes chevilles vont bien), j’ai vraiment le sentiment que notre génération, et spécialement ceux qui ont le plus de choses à apporter à la société, est traitée comme de la bouse.

Tous ces jeunes qui ont fait le choix de n’être pas des “requins”, de ne pas succomber aux sirènes des marchés, de la mode, de l’avidité, qui nous susurrent leurs refrains entêtants depuis qu’on est gamins, deviennent les victimes d’un système carnassier qui n’accorde aucune valeur à ce qu’ils ont de plus cher. Vous savez, ces vieilles valeurs traditionnelles dévaluées et ringardes que sont le désintéressement, la créativité, la passion, le savoir-faire, l’altruisme, etc. Seuls les plus agressifs, qui montrent un appétit immodéré pour l’argent, qui sont prêts à bouffer les autres pour réussir, qui sont “motivés” par l’augmentation exponentielle du profit de l’entreprise au détriment du respect des hommes qui la compose, auront une chance de dégoter la carrière de leur rêve.

Mais le plus grave, c’est que ces jeunes, ces bonnes âmes piétinées, ne pensent majoritairement pas qu’ils sont l’objet d’un scandale.

“Paradoxalement quand ils évoquent l’avenir, 83 %, qu’ils soient en poste ou en recherche, sont confiants. Ils n’ont pas conscience de faire partie d’une génération sacrifiée et oublient qu’en juin 2010 c’est une autre cohorte de 400 000 diplômés qui arrivera sur le marché du travail.

Que la reprise soit ou non au rendez-vous, certains risquent de rester sur le carreau dans un pays qui fait d’abord porter à ses jeunes les dysfonctionnements de son marché du travail.”

Tout est dit. Ce n’est pas moi qui délire (je ne suis pas fou HA HA HA  !). Je ne suis pas en train de psychoter, de me battre contre des moulins, de projeter ma paranoïa sur le reste du monde. Les faits sont là. On se fait bouffer, et on en redemande. Nous sommes à ce point conditionnés à croire que valoriser le gain matériel au détriment de la vie humaine est légitime, que nous sommes convaincus que le chômage, les emplois précaires, ne sont destinés qu’aux faibles, aux misérables. Nous sommes persuadés que l’avenir sera meilleur, parce que nous avons une foi irraisonnée en la croissance économique, parce qu’on nous a appris que le PIB est destiné à augmenter indéfiniment, et que rien ne nous fait plus plaisir que la vision d’une petite flèche verte à côté de l’acronyme “CAC40″. Oui, c’est certain, notre tour viendra. Tôt ou tard, ce sera nous qui pourrons profiter du système, qui auront la plus grosse part du gâteau, qui empêcherons les autres, les plus faibles, les jeunes, d’accéder à un revenu correct.

Ça ne m’intéresse pas. La course à la connerie s’arrêtera sur le pas de ma porte. Je suis un herbivore et les hallucinations de mes parents ne m’atteignent pas. Je ne veux pas de carrière. Je ne désire pas une voiture neuve tous les cinq ans, ni un logement secondaire, ni me mettre à la remorque du train des modes qui ne cesse d’accélérer. Je ne veux pas contribuer, par un mode de vie démesuré et égomaniaque, à la destruction d’une planète que j’aime, et je ne désire pas davantage me faire le bourreau de mes semblables.

Et quand, dans quelques dizaines d’années, ce sera à moi de m’adresser aux plus jeunes, je veux pouvoir leur dire “profitez de la vie”, et non pas, comme on m’a perpétuellement commandé de le faire : “profite des autres”.

On m’a reproché, çà et là, d’exposer dans mon blog et mes commentaires une vision des chosesdésespérée, pessimiste et déconnectée de la réalité. De telles reproches, surtout au vue demes deux derniers billets, ne semblent peut-être pas sans fondements. Néanmoins, qu’on me

permette d’expliquer mon point de vue.

Mon effort vise, pour reprendre les mots de feu Philippe Muray, à “réintroduire le négatif

pour montrer que lorsqu’on l’évacue, on ne peut plus rien comprendre”. Soyons réalistes et

lucides sur notre condition : nous sommes coincés, par une inertie effroyable, derrière nos

écrans d’ordinateur, les mains poisseusement englués à nos claviers. Nous passons d’animés en

jeux vidéos, de jeux vidéos en films, et de films à internet. Ce que nous recherchons,au

fond, le savons-nous nous-même ?

Pourquoi certaines oeuvres nous passionnent-elles tellement ? Pourquoi internet nous

attire-t-il avec autant de force ? On me rétorquera à raison, que nous faisons cela par

plaisir. Mais les plaisirs du réels devraient, en théorie, être plus forts, plus puissants,

plus attirants car plus vrais.

Nous sommes attirés par certaines oeuvres plus que d’autres. Des consensus s’installent, des

animés, des films, des jeux vidéo, déclenchent parfois des torrents d’enthousiasmes et

d’énergie, que les normalfags prennent pour de la beaufitude. Qu’y a-t-il dans ces

divertissements pour soulever une telle adhésion ? Qu’est-ce qui fait d’Evangelion un mythe,

une révolution audiovisuelle ?

Ces oeuvres expriment un malaise social profond, une incompréhension insurmontable de la

norme et la question récurente de notre identité. Qui sommes nous, dans ce marasme, dans ce

chaos qu’est l’ordre moderne ? Est-il normal de souffrir d’un système dont tous nos proches

semblent se satisfaire ? Nous resentons une douleur sourde, qui n’est peut-être pas toujours

consciente, mais qui nous amènent, en flots toujours plus gros, dans les filets de la toile.

Le virtuel paraît tellement plus cohérent, plus sincère, plus vrai, et on y trouve tellement

plus, au final, que dans la vie réelle, qu’on y construit une vie entière, et ce, de plus en

plus tôt et de plus en plus assidûment.

On parle de nous dans la presse du jour :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/10/02/les-jeunes-diplomes-peinent-a-s-inserer-prof

essionnellement_1248150_3224.html

J’aime bien leur phrase d’introduction “C’est l’élite d’une génération qui trinque”. Sans me

sentir membre d’une “élite” (à part, peut-être, celle des connaisseurs d’Eva et de Gainax en

général… non mes chevilles vont bien), j’ai vraiment le sentiment que notre génération, et

spécialement ceux qui ont le plus de choses à apporter à la société, est traitée comme de la

bouse.

Tous ces jeunes qui ont fait le choix de n’être pas des “requins”, de ne pas succomber aux

sirènes des marchés, de la mode, de l’avidité, qui nous susurrent leurs refrains entêtants

depuis qu’on est gamins, deviennent les victimes d’un système carnassier qui n’accorde aucune

valeur à ce qu’ils ont de plus cher. Vous savez, ces vieilles valeurs traditionnelles

dévaluées et ringardes que sont le désintéressement, la créativité, la passion, le

savoir-faire, l’altruisme, etc. Seuls ceux les plus agressifs, qui montrent un appétit

immodéré pour l’argent, qui sont prêts à bouffer les autres pour réussir, qui sont “motivés”

par l’augmentation exponentielle du profit de l’entreprise au détriment du respect des hommes

qui la compose, auront une chance de dégoter la carrière de leur rêve.

Mais le plus grave, c’est que ces jeunes, ces bonnes âmes piétinées, ne pensent

majoritairement pas qu’ils sont l’objet d’un scandale.

“Paradoxalement quand ils évoquent l’avenir, 83 %, qu’ils soient en poste ou en recherche,

sont confiants. Ils n’ont pas conscience de faire partie d’une génération sacrifiée et

oublient qu’en juin 21010 c’est une autre cohorte de 400 000 diplômés qui arrivera sur le

marché du travail.

Que la reprise soit ou non au rendez-vous, certains risquent de rester sur le carreau dans un

pays qui fait d’abord porter à ses jeunes les dysfonctionnements de son marché du travail.”

Tout est dit. Ce n’est pas moi qui délire. Je ne suis pas en train de psychoter, de me battre

contre des moulins, de projeter ma paranoïa sur le reste du monde. Les faits sont là. On se

fait bouffer, et on en redemande. Nous sommes à ce point conditionnés à croire que valoriser

la gain matériel au détriment de la vie humaine est légitime, que nous sommes convaincus que

le chômage, les emplois précaires, ne sont destinés qu’aux faibles, aux misérables. Nous

sommes persuadés que l’avenir sera meilleur, parce que nous avons une foi irraisonnée en la

croissance économique, parce qu’on nous a appris que le PIB est destiné à augmenter

indéfiniment, et que rien ne nous fait plus plaisir que la vision d’une petite flèche verte à

côté de l’acronyme “CAC40″. Oui, c’est certain, notre tour viendra. Tôt ou tard, ce sera nous

qui pourrons profiter du système, qui auront la plus grosse part du gâteau, qui empêcherons

les autres, les plus faibles, les jeunes, d’accéder à un revenu correct.

Ça ne m’intéresse pas. La course à la connerie s’arrêtera sur le pas de ma porte. Je suis un

herbivore et les hallucinations de mes parents ne m’atteignent pas. Je ne veux pas de

carrière. Je ne désire pas une voiture neuve tous les cinq ans, ni un logement secondaire, ni

me mettre à la remorque du train des modes qui ne cesse d’accélérer. Je ne veux pas

contribuer, par un mode de vie démesuré et égomaniaque, à la destruction d’une planète que

j’aime, et je ne désire pas davantage me faire le bourreau de mes semblables.

Et quand, dans quelques dizaines d’années, ce sera à moi de m’adresser aux plus jeunes, je

veux pouvoir leur dire “profitez de la vie”, et non pas, comme on m’a perpétuellement

commandé de le faire : “profite des autres”.