MAJ du 8 octobre :
Article intéressant du Monde, bien que ne présentant le problème, une nouvelle fois, que sous un angle purement sociologique (en journalisme, on ne parle que économie ou sociologie, on ne mélange pas les deux, et on ne prend jamais de recul par rapport à ces analyses) :
Pourquoi les jeunes sont-ils les premiers touchés lors des crises en France ?
Eric Morin :L’attachement d’une société aux statuts et aux rangs a pour contrepartie la relégation des nouveaux arrivants. Or, les nouveaux arrivants, ce sont les jeunes. Avant de s’assurer une place sur le marché du travail et dans la société, ils ont toujours dû patienter. Le paradoxe est qu’une fois arrivés au pied de l’échelle sociale, les jeunes eux-mêmes défendent ce système. C’est ainsi que j’analyse le refus du CPE en 2006 : les jeunes ne voulaient surtout pas qu’on dévalue ce qu’ils cherchaient tant à obtenir.
Louis Chauvel : A de nombreux points de vue, on mesure de plus en plus de jeunes dont le niveau de vie n’a pas progressé, bien au contraire, par rapport à la génération précédente.
Le problème, c’est que ces difficultés ne sont pas simplement des effets d’âge – les jeunes vont plus mal –, ce sont des effets de génération, c’est-à-dire qu’une mauvaise entrée dans la vie adulte a des conséquences sur la très longue durée.
Les jeunes qui ont connu des bas salaires, de faibles niveaux d’emploi, qui ont connu le chômage à leur entrée tardive dans la vie adulte après de longues études, peineront à trouver un niveau de retraite décent dans les prochaines décennies.
Autre article, plus intéressant encore, traitant du sujet géopolitique majeur de ce siècle : la fin du pétrole bon marché.
Q › Pourquoi sommes-nous si mal préparés face à ce qui s’en vient? Manquons-nous d’information?
R › Je ne crois pas. Toutes les autorités crédibles s’accordent à dire que les réserves de pétrole seront complètement épuisées d’ici à la fin du XXIe siècle. Si l’on ne s’inquiète pas davantage, c’est qu’on s’imagine que la technologie et les marchés nous sauveront.C’est ce que j’appelle la pensée magique. Habituellement, ce terme s’applique aux enfants! Mais il est évident que nos sociétés modernes s’appuient sur un nombre exorbitant de rêves, d’illusions et de fantasmes. Mais nous sommes incapables de faire face à la réalité. Nous n’arrivons pas à croire que 200 ans de modernité peuvent être balayés par une pénurie mondiale d’énergie.
On m’a reproché, çà et là, d’exposer dans mon blog et mes commentaires une vision des choses désespérée, pessimiste et déconnectée de la réalité. De telles reproches, surtout au vue de mes deux derniers billets, ne semblent peut-être pas sans fondements. Néanmoins, qu’on me permette d’expliquer mon point de vue.
Mon effort vise, pour reprendre les mots de feu Philippe Muray, à “réintroduire le négatif pour montrer que lorsqu’on l’évacue, on ne peut plus rien comprendre“. Soyons réalistes et lucides sur notre condition : nous sommes coincés, par une inertie effroyable, derrière nos écrans d’ordinateur, les mains poisseusement englués à nos claviers. Nous passons d’animés en jeux vidéos, de jeux vidéos en films, et de films à internet. Ce que nous recherchons, au fond, le savons-nous nous-même ?
Pourquoi internet et les loisirs numériques nous attirent-t-ils avec autant de force ? On me rétorquera à raison, que nous faisons cela par plaisir. Mais les plaisirs du réels devraient, en théorie, être plus forts, plus puissants, plus attirants car plus vrais.
Certaines œuvres nous parlent plus que d’autres. Des consensus s’installent, des animés, des films, des jeux vidéo, déclenchent parfois des torrents d’enthousiasmes et d’énergie, que les normalfags prennent pour de la beaufitude. Qu’y a-t-il dans ces divertissements pour soulever une telle adhésion ? Qu’est-ce qui fait d’Evangelion un mythe, une révolution audiovisuelle ?
Ces œuvres expriment un malaise social profond, une incompréhension insurmontable de la norme et la question récurrente de notre identité. Qui sommes nous, dans ce marasme, dans ce chaos qu’est l’ordre moderne ? Est-il normal de souffrir d’un système dont tous nos proches semblent se satisfaire ? Nous ressentons une douleur sourde, qui n’est peut-être pas toujours consciente, mais qui nous amènent, en flots toujours plus gros, dans les filets de la toile. Le virtuel paraît tellement plus cohérent, plus sincère, plus vrai, et on y trouve tellement plus, au final, que dans la vie réelle, qu’on y construit une vie entière, et ce, de plus en plus tôt et de plus en plus assidûment.
On parle de nous dans la presse du jour.
J’aime bien leur phrase d’introduction “C’est l’élite d’une génération qui trinque“. Sans me sentir membre d’une “élite” (à part, peut-être, celle des connaisseurs d’Eva et de Gainax en général… non mes chevilles vont bien), j’ai vraiment le sentiment que notre génération, et spécialement ceux qui ont le plus de choses à apporter à la société, est traitée comme de la bouse.
Tous ces jeunes qui ont fait le choix de n’être pas des “requins”, de ne pas succomber aux sirènes des marchés, de la mode, de l’avidité, qui nous susurrent leurs refrains entêtants depuis qu’on est gamins, deviennent les victimes d’un système carnassier qui n’accorde aucune valeur à ce qu’ils ont de plus cher. Vous savez, ces vieilles valeurs traditionnelles dévaluées et ringardes que sont le désintéressement, la créativité, la passion, le savoir-faire, l’altruisme, etc. Seuls les plus agressifs, qui montrent un appétit immodéré pour l’argent, qui sont prêts à bouffer les autres pour réussir, qui sont “motivés” par l’augmentation exponentielle du profit de l’entreprise au détriment du respect des hommes qui la compose, auront une chance de dégoter la carrière de leur rêve.
Mais le plus grave, c’est que ces jeunes, ces bonnes âmes piétinées, ne pensent majoritairement pas qu’ils sont l’objet d’un scandale.
“Paradoxalement quand ils évoquent l’avenir, 83 %, qu’ils soient en poste ou en recherche, sont confiants. Ils n’ont pas conscience de faire partie d’une génération sacrifiée et oublient qu’en juin 2010 c’est une autre cohorte de 400 000 diplômés qui arrivera sur le marché du travail.
Que la reprise soit ou non au rendez-vous, certains risquent de rester sur le carreau dans un pays qui fait d’abord porter à ses jeunes les dysfonctionnements de son marché du travail.”
Tout est dit. Ce n’est pas moi qui délire (je ne suis pas fou HA HA HA !). Je ne suis pas en train de psychoter, de me battre contre des moulins, de projeter ma paranoïa sur le reste du monde. Les faits sont là. On se fait bouffer, et on en redemande. Nous sommes à ce point conditionnés à croire que valoriser le gain matériel au détriment de la vie humaine est légitime, que nous sommes convaincus que le chômage, les emplois précaires, ne sont destinés qu’aux faibles, aux misérables. Nous sommes persuadés que l’avenir sera meilleur, parce que nous avons une foi irraisonnée en la croissance économique, parce qu’on nous a appris que le PIB est destiné à augmenter indéfiniment, et que rien ne nous fait plus plaisir que la vision d’une petite flèche verte à côté de l’acronyme “CAC40″. Oui, c’est certain, notre tour viendra. Tôt ou tard, ce sera nous qui pourrons profiter du système, qui auront la plus grosse part du gâteau, qui empêcherons les autres, les plus faibles, les jeunes, d’accéder à un revenu correct.
Ça ne m’intéresse pas. La course à la connerie s’arrêtera sur le pas de ma porte. Je suis un herbivore et les hallucinations de mes parents ne m’atteignent pas. Je ne veux pas de carrière. Je ne désire pas une voiture neuve tous les cinq ans, ni un logement secondaire, ni me mettre à la remorque du train des modes qui ne cesse d’accélérer. Je ne veux pas contribuer, par un mode de vie démesuré et égomaniaque, à la destruction d’une planète que j’aime, et je ne désire pas davantage me faire le bourreau de mes semblables.
Et quand, dans quelques dizaines d’années, ce sera à moi de m’adresser aux plus jeunes, je veux pouvoir leur dire “profitez de la vie”, et non pas, comme on m’a perpétuellement commandé de le faire : “profite des autres”.
permette d’expliquer mon point de vue.
Mon effort vise, pour reprendre les mots de feu Philippe Muray, à “réintroduire le négatif
pour montrer que lorsqu’on l’évacue, on ne peut plus rien comprendre”. Soyons réalistes et
lucides sur notre condition : nous sommes coincés, par une inertie effroyable, derrière nos
écrans d’ordinateur, les mains poisseusement englués à nos claviers. Nous passons d’animés en
jeux vidéos, de jeux vidéos en films, et de films à internet. Ce que nous recherchons,au
fond, le savons-nous nous-même ?
Pourquoi certaines oeuvres nous passionnent-elles tellement ? Pourquoi internet nous
attire-t-il avec autant de force ? On me rétorquera à raison, que nous faisons cela par
plaisir. Mais les plaisirs du réels devraient, en théorie, être plus forts, plus puissants,
plus attirants car plus vrais.
Nous sommes attirés par certaines oeuvres plus que d’autres. Des consensus s’installent, des
animés, des films, des jeux vidéo, déclenchent parfois des torrents d’enthousiasmes et
d’énergie, que les normalfags prennent pour de la beaufitude. Qu’y a-t-il dans ces
divertissements pour soulever une telle adhésion ? Qu’est-ce qui fait d’Evangelion un mythe,
une révolution audiovisuelle ?
Ces oeuvres expriment un malaise social profond, une incompréhension insurmontable de la
norme et la question récurente de notre identité. Qui sommes nous, dans ce marasme, dans ce
chaos qu’est l’ordre moderne ? Est-il normal de souffrir d’un système dont tous nos proches
semblent se satisfaire ? Nous resentons une douleur sourde, qui n’est peut-être pas toujours
consciente, mais qui nous amènent, en flots toujours plus gros, dans les filets de la toile.
Le virtuel paraît tellement plus cohérent, plus sincère, plus vrai, et on y trouve tellement
plus, au final, que dans la vie réelle, qu’on y construit une vie entière, et ce, de plus en
plus tôt et de plus en plus assidûment.
On parle de nous dans la presse du jour :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/10/02/les-jeunes-diplomes-peinent-a-s-inserer-prof
essionnellement_1248150_3224.html
J’aime bien leur phrase d’introduction “C’est l’élite d’une génération qui trinque”. Sans me
sentir membre d’une “élite” (à part, peut-être, celle des connaisseurs d’Eva et de Gainax en
général… non mes chevilles vont bien), j’ai vraiment le sentiment que notre génération, et
spécialement ceux qui ont le plus de choses à apporter à la société, est traitée comme de la
bouse.
Tous ces jeunes qui ont fait le choix de n’être pas des “requins”, de ne pas succomber aux
sirènes des marchés, de la mode, de l’avidité, qui nous susurrent leurs refrains entêtants
depuis qu’on est gamins, deviennent les victimes d’un système carnassier qui n’accorde aucune
valeur à ce qu’ils ont de plus cher. Vous savez, ces vieilles valeurs traditionnelles
dévaluées et ringardes que sont le désintéressement, la créativité, la passion, le
savoir-faire, l’altruisme, etc. Seuls ceux les plus agressifs, qui montrent un appétit
immodéré pour l’argent, qui sont prêts à bouffer les autres pour réussir, qui sont “motivés”
par l’augmentation exponentielle du profit de l’entreprise au détriment du respect des hommes
qui la compose, auront une chance de dégoter la carrière de leur rêve.
Mais le plus grave, c’est que ces jeunes, ces bonnes âmes piétinées, ne pensent
majoritairement pas qu’ils sont l’objet d’un scandale.
“Paradoxalement quand ils évoquent l’avenir, 83 %, qu’ils soient en poste ou en recherche,
sont confiants. Ils n’ont pas conscience de faire partie d’une génération sacrifiée et
oublient qu’en juin 21010 c’est une autre cohorte de 400 000 diplômés qui arrivera sur le
marché du travail.
Que la reprise soit ou non au rendez-vous, certains risquent de rester sur le carreau dans un
pays qui fait d’abord porter à ses jeunes les dysfonctionnements de son marché du travail.”
Tout est dit. Ce n’est pas moi qui délire. Je ne suis pas en train de psychoter, de me battre
contre des moulins, de projeter ma paranoïa sur le reste du monde. Les faits sont là. On se
fait bouffer, et on en redemande. Nous sommes à ce point conditionnés à croire que valoriser
la gain matériel au détriment de la vie humaine est légitime, que nous sommes convaincus que
le chômage, les emplois précaires, ne sont destinés qu’aux faibles, aux misérables. Nous
sommes persuadés que l’avenir sera meilleur, parce que nous avons une foi irraisonnée en la
croissance économique, parce qu’on nous a appris que le PIB est destiné à augmenter
indéfiniment, et que rien ne nous fait plus plaisir que la vision d’une petite flèche verte à
côté de l’acronyme “CAC40″. Oui, c’est certain, notre tour viendra. Tôt ou tard, ce sera nous
qui pourrons profiter du système, qui auront la plus grosse part du gâteau, qui empêcherons
les autres, les plus faibles, les jeunes, d’accéder à un revenu correct.
Ça ne m’intéresse pas. La course à la connerie s’arrêtera sur le pas de ma porte. Je suis un
herbivore et les hallucinations de mes parents ne m’atteignent pas. Je ne veux pas de
carrière. Je ne désire pas une voiture neuve tous les cinq ans, ni un logement secondaire, ni
me mettre à la remorque du train des modes qui ne cesse d’accélérer. Je ne veux pas
contribuer, par un mode de vie démesuré et égomaniaque, à la destruction d’une planète que
j’aime, et je ne désire pas davantage me faire le bourreau de mes semblables.
Et quand, dans quelques dizaines d’années, ce sera à moi de m’adresser aux plus jeunes, je
veux pouvoir leur dire “profitez de la vie”, et non pas, comme on m’a perpétuellement
commandé de le faire : “profite des autres”.



La mention qui exclue l’humanité de la définition ne doit pas nous faire oublier que l’idée même d’humanité est actuellement profondément remise en question, tant du point de vue éthique que philosophique, voir biologique. Autrement dit, l’économie nouvelle, et les lubies techno-scientistes qu’elle véhicule, soumet les hommes à un traitement aliénant, susceptible, par des manipulations mentales, comportementales et physiques, de modifier sa nature propre. Peu à peu, à force de formatages et de traitements pharmaceutiques, nous abandonnons ce qui nous rend hommes (la conscience de notre mort prochaine, l’usage de nos sens, la recherche du vrai et du beau, la culture de la nature, la vie en société), pour nous enfermer dans un rôle nouveau : celui de travailleur dévoué, obsédé par l’accomplissement de sa tâche et par sa quête de reconnaissance.




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